Bulgarie: à Garmen, Bulgares et Roms ne peuvent plus cohabiter
Depuis quelques mois, ce petit village est le théâtre de violences interethniques.
- Publié le 23-07-2015 à 20h47
- Mis à jour le 24-07-2015 à 11h26

"Bulgares, héros !" Un chant populaire, originairement entonné dans les stades de football, résonne dans les rues du village de Garmen depuis des mois. S'il est généralement symbole d'unité, il est, cette fois, celui du fossé creusé entre la majorité ethnique bulgare et les Roms.
Les résidents de cette petite localité du sud-ouest du pays ont manifesté à plusieurs reprises contre l'arrêt de la destruction des maisons des populations tsiganes. Ils demandent au gouvernement de continuer la destruction de 124 maisons construites sans autorisation par la population rom sur des terres municipales.
Après la démolition de huit bâtiments fin juin, la Cour européenne des droits de l'homme avait demandé l'arrêt de ces ravages parce que les autorités ne proposent aucune alternative pour les familles se retrouvant à la rue. Si ces habitations existent depuis des dizaines d'années, ces manifestations s'inscrivent dans un vieux contexte de tension entre les deux groupes ethniques.
L'origine du conflit ? Une querelle concernant le volume trop élevé de la musique jouée par la communauté rom. Ce conflit de voisinage a fini par dégénérer en un combat communautaire sanglant à coups de haches et autres objets pointus.
"Des citoyens inférieurs"
"Le racisme est visible. Si deux Tsiganes parlent romani dans les transports, les Bulgares vont les dévisager ou même leur demander de parler bulgare. C'est une situation très commune" , regrette Biser Alekov, médiateur pour l'association Le Foyer, ayant travaillé comme coordinateur socio-culturel à Garmen.
"Les Roms sont traités comme des citoyens inférieurs. Ils subissent une discrimination dans l'éducation, l'emploi, la Justice, partout. Ils sont diabolisés dans les discours publics des parlementaires" , dénonce Krassimir Kanev, le directeur du Bulgarian Helsinki Committee, une organisation de défense des droits de l'Homme. Il y a six mois, à la suite de l'attaque d'une ambulance par des Roms, le ministre de la Santé, Petar Moskov, avait annoncé que les médecins n'entreraient plus dans les régions peuplées de Tsiganes. "Ceux qui ont choisi de vivre comme des brutes seront traités comme tels" , avait-il déclaré.
Du côté des Bulgares, plusieurs citoyens dénoncent le traitement préférentiel accordé aux Roms. "Ils sont approvisionnés en électricité et en eau sans rien payer. Beaucoup vivent du chômage. Et, dès que des mesures sont prises, les ONG volent à leur secours, même s'ils sont en tort. Si un gitan attaque un Bulgare, là ce n'est plus du racisme" , déclarait aux médias, ce week-end, un manifestant venu crier sa colère dans les rues de Sofia.
Une instrumentalisation politique
Comme beaucoup d'autres pays européens, la Bulgarie est en proie à une montée massive des courants nationalistes et de l'extrême droite. Krassimir Kanev accuse le Front patriote - l'alliance politique au pouvoir qui regroupe deux partis nationalistes - d'instrumentaliser cet incident pour le transformer en un fiasco national. "A quelques mois des élections, c'est l'occasion rêvée pour mobiliser la haine et le ressentiment des Bulgares, et gagner des électeurs. Le pays est plongé dans une crise économique depuis des années. Il fallait bien trouver un bouc émissaire", confirme M. Alekov.
Certains Roms ont déclaré être prêts à acheter les terrains, tandis que d'autres disent avoir démoli leurs maisons, dans l'espoir de mettre un terme à ces tensions. Les manifestants semblent pourtant décidés à expulser ces communautés de leur localité. Ce 21 juillet, une pétition signée par 720 Bulgares a été soumise au conseil des ministres. "Nous leur donnons une semaine. Après, nous demanderons la démission de plusieurs ministres et nous organiserons des manifestations de grande ampleur dans la capitale", a prévenu Ivan Bayraktarov, l'auteur de la pétition.
