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Le chef du parti libanais Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré vendredi soir une "guerre ouverte" contre Israël, dans un discours retransmis par la chaîne de télévision Al-Manar, peu après avoir échappé à un raid israélien ayant détruit ses bureaux et domicile.

Israël a intensifié et étendu vendredi ses raids destructeurs au Liban, soumis à un blocus aérien, maritime et terrestre quasiment étanche, avec la volonté affichée de neutraliser le Hezbollah.

Face à cette escalade de la violence qui fait craindre un conflit régional, à New York, le Conseil de sécurité de l'Onu a entamé une réunion d'urgence la situation au Liban, à la demande de Beyrouth qui a demandé un cessez-le-feu.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a posé trois conditions à un cessez-le-feu: la libération des deux soldats enlevés, l'arrêt des tirs de roquettes vers Israël et l'application d'une résolution des Nations unies sur le désarmement du mouvement chiite libanais Hezbollah, a indiqué Miri Eisin, porte-parole du gouvernement.

M. Olmert a autorisé à frapper plus d'objectifs au Liban, après le tir sans précédent mercredi soir de roquettes sur Haïfa, à une quarantaine de km de la frontière. L'offensive israélienne a été lancée mercredi après une attaque du Hezbollah à la frontière qui s'est soldée par la capture de deux soldats israéliens et la mort de huit autres. Depuis, elle a fait plus de 60 morts et 165 blessés au Liban.

Des avions israéliens ont bombardé à deux reprises vendredi la banlieue sud de Beyrouth, où se trouve le commandement du Hezbollah. L'aviation, l'artillerie et la marine israéliennes ont détruit une vingtaine de ponts, coupé des routes et incendié des dépôts de carburants de la centrale électrique de Jiyé, sur le littoral au sud de Beyrouth.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la route Beyrouth-Damas, l'une des seules voies qui restaient pour sortir du pays, a été bombardée à plusieurs reprises et coupée à la circulation. Vendredi dans la soirée, l'aviation israélienne a largué au moins deux missiles sur l'entrée ouest de la ville de Chtaura, dans l'est du Liban sur l'axe Beyrouth-Damas, à une vingtaine de kilomètres de la frontière syrienne.

Les Libanais et les touristes s'y sont retrouvés bloqués, alors que plus de 12.000 ressortissants du Golfe avaient pu l'emprunter jeudi. Des passages par la montagne semblaient être les dernières voies possibles pour quitter le pays.

L'aéroport international de Beyrouth, fermé depuis un premier bombardement jeudi, a été de nouveau visé par l'armée israélienne. Ont également été touchés l'aéroport militaire de Rayak (est près de la frontière syrienne), un camp palestinien prosyrien à proximité, des bases du Hezbollah et de l'armée libanaise et de nombreuses habitations.

Les Libanais se sont retrouvés comme aux pires heures de leurs 15 années de guerre, sans électricité y compris à Beyrouth où plus de la moitié des commerces avaient baissé leurs rideaux.

Mais le Hezbollah a continué vendredi de tirer des roquettes, près de 100 selon une source de sécurité libanaise, sur le nord de l'Etat juif, faisant au moins huit blessés. Et des échanges de tirs ont opposé l'armée israélienne et le Hezbollah à la frontière. La veille, une centaine de roquettes avaient été tirées sur une vingtaine de localités, tuant deux civils israéliens et faisant une centaine de blessés.

Le Hezbollah s'est servi pour la première fois de roquettes Raad 1 de longue portée, qui ont atteint en profondeur le territoire israélien.

Niant avoir attaqué Haïfa, le Hezbollah a juré de venger les "massacres" de civils libanais, alors que le ministre israélien de l'Intérieur Ron Bar-On a menacé de mort Hassan Nasrallah, fer de lance de la résistance anti-israélienne dans le sud du Liban. Les Etats-Unis ont autorisé les personnels diplomatiques et leurs familles à quitter le Liban.

Tout en manifestant leur soutien à Israël, ils se sont dit inquiets du risque de déstabilisation du Liban et appelé l'Etat hébreu à faire preuve de retenue, comme de nombreux autres pays.

Le chef de la diplomatie finlandaise, Erkki Tuomioja, dont le pays exerce la présidence tournante de l'Union européenne (UE), a jugé "démesurée" la riposte d'Israël alors que le président français Jacques Chirac s'est demandé s'il n'y a "pas une volonté de détruire le Liban".

Le président russe Vladimir Poutine, qui a appelé à "l'arrêt immédiat des combats", a inscrit la situation au Liban à l'ordre du jour du sommet du G8 qui s'ouvre samedi à Saint-Pétersbourg.

Une délégation de l'ONU est attendue dans la région et le Haut représentant de la politique étrangère européenne Javier Solana doit arriver samedi.

Sur la scène arabe, l'Arabie saoudite s'est démarquée du Hezbollah en qualifiant d'"aventuristes" les actes du mouvement chiite, sans le nommer, de même que la Jordanie et l'Egypte, tout en condamnant l'offensive israélienne.

Le gouvernement libanais a démenti toute responsabilité dans la capture des soldats par le Hezbollah, représenté au cabinet, affirmant qu'il n'avait pas été mis "au courant" de l'attaque du Hezbollah du 12 juillet.

Mais l'Etat hébreu, parlant d'"acte de guerre", l'a rendu responsable et s'est engagé à faire payer "le prix fort" au Liban, six ans après le départ en 2000 de ses troupes du sud du Liban après 22 ans d'occupation.