Camp Ashraf: un compte à rebours fatal ?

V.B. Publié le - Mis à jour le

International

Aun mois de la fermeture programmée du camp d’Ashraf par les autorités irakiennes, l’urgence va-t-elle contraindre le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne - qui se réunit ce jeudi - à adresser un message fort au Premier ministre irakien Nouri al Maliki ? Le gouvernement irakien a la ferme intention de démanteler ce camp d’opposants iraniens - installé depuis 25 ans au nord de Bagdad - pour le 31 décembre prochain, et disséminer ses résidents dans la nature, au besoin par la force.

Cette opération risque d’être fatale pour les 3 400 habitants du camp, les défenseurs d’Ashraf voyant se profiler une "catastrophe humanitaire". Les autorités européennes doivent "user de leur pouvoir et de leurs bons offices pour empêcher un crime contre l’humanité", exhorte Maryam Rajavi, la présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), parlement dissident en exil.

Au milieu des années 80, l’Irak de Saddam Hussein avait accueilli quelques milliers de membres de l’Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI), des opposants au régime théocratique déclarés hors-la-loi et pourchassés dans leur pays. "Malgré leur droit indéniable de rester en Irak, les Ashrafiens ont accepté le plan du Parlement européen pour un transfert dans des pays tiers", explique Mme Radjavi, précisant que "dans le but d’écarter tout obstacle à leur réinstallation, ils ont déposé des demandes de statut de réfugiés".

Mais depuis trois mois, les autorités irakiennes ont tout fait pour décourager l’audition des habitants du camp par le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR).

"L’Union européenne et les Etats-Unis doivent faire dire à Nouri el Maliki que son échéance est scandaleuse, et exiger le temps nécessaire pour que le Haut-commissariat aux réfugiés puisse procéder aux entretiens individuels avec les résidents en vue de leur accorder le statut de réfugiés", plaide l’Ecossais Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak.

"Nous n’avons plus le temps de réaliser les entretiens", estime même Alejo Vidal-Quadras, vice-président du Parlement européen. "Usons donc des moyens légaux qui sont à notre disposition. Les résidents d’Ashraf doivent être reconnus comme réfugiés en tant que groupe, et non individuellement. Ce qui est possible en cas d’extrême urgence", précise-t-il. "La seule façon d’ôter tout prétexte à un massacre des habitants sans défense c’est que le HCR détermine un statut de réfugiés collectif. Cela lui donnera assez de temps pour examiner les demandes individuelles", renchérit Maryam Radjavi.

Pour les défenseurs d’Ashraf, les motivations irakiennes sont clairement téléguidées depuis Téhéran. "Le gouvernement Maliki est une création de Téhéran", rappelle M. Stevenson, soulignant les vieilles accointances de celui-ci avec le régime des mollahs. "Maliki doit dégager Ashraf sinon il perdra son poste", ajoute-t-il. Le régime en place à Téhéran considère que la fermeture d’Ashraf et la dispersion de ses résidents le débarrasseraient une fois pour toutes de ce noyau d’opposants, qui sont autant de "témoins gênants" de ses pratiques, considère l’ancien député américain Patrick Kennedy.

José Bové, quant à lui, y voit un combat légitime : "La république des mollahs est un régime totalitaire et lui résister est un combat légitime. Le camp Ashraf représente la résistance face à lui. C’est donc un devoir pour les démocrates du monde entier que de soutenir les résidents du camp".

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