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Le procureur du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, Carla Del Ponte, a demandé mercredi aux Européens de l'aider dans la capture du général serbo-bosniaque Ratko Mladic, tout en démentant qu'il ait été arrêté ou, même, que des pourparlers pour sa reddition soient en cours. «À présent, j'ai besoin du ferme soutien de l'Union européenne pour avoir Mladic à La Haye», a-t-elle dit lors d'une conférence de presse impromptue. «Des dates limites accompagnées de sanctions précises produiront plus rapidement des résultats».

Cette demande intervient à quelques jours d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le 27 février à Bruxelles. La question de Mladic y sera abordée, mais, selon une source européenne, «il n'y a pas de consensus» entre les États membres pour y décider d'une suspension des négociations avec Belgrade en vue d'un Accord de stabilisation et d'association, un marchepied vers l'adhésion.

Le tirage, traditionnel, se fait entre les pays qui réclament une attitude de principe, ferme, face à la Serbie et ceux qui veulent donner du mou à Belgrade, dans l'espoir qu'une mécanique positive se lance.

Le Haut représentant européen Javier Solana se range dans le dernier camp en rappelant que la Croatie a pu entamer des pourparlers pour un tel accord avec l'Union européenne (UE) sans avoir livré préalablement Ante Gotovina.

Le suspect croate avait finalement été capturé, le 7 décembre dernier, en Espagne, après une longue traque qui n'était connue que d'un petit nombre de personnes, à Zagreb, en Espagne et à La Haye. Le secret a largement contribué au succès de l'opération, a relevé le 15 décembre Carla Del Ponte devant le Conseil de sécurité de l'Onu.

Les rivalités de Belgrade

Dans le dossier Mladic, l'échéance européenne est sans aucun doute à l'origine de l'effervescence qui règne à Belgrade.

Malgré les démentis successifs, les médias serbes sont persuadés que quelque chose se trame. Mais l'hypothèse de fausses rumeurs pour brouiller les pistes circule également. À la chute de Milosevic en 2000, il existait «une divergence d'opinions entre le président de la RFY, Vojislav Kostunica, et le Premier ministre serbe, Zoran Djindjic, qui s'est répercutée sur les services de sécurité (armée, police) qui leur étaient subordonnés», a expliqué à l'AFP l'ex-ministre yougoslave des Affaires étrangères, Goran Svilanovic.

Alors, guerre d'influence entre une partie de l'armée qui protège Mladic et la police qui veut en finir avec ce dossier? L'avenir le dira. Les conseillers de Kostunica, devenu Premier ministre, parlent en tout cas de «manipulation» et, en privé, imputent à l'entourage de Boris Tadic, l'actuel président favorable à la reddition de Mladic, ce flot de rumeurs. Mais qui sait dans le jeu d'ombres des Balkans?

© La Libre Belgique 2006