International

Le sang a dramatiquement coulé jeudi à Jérusalem. Selon un bilan encore provisoire, 18 personnes, dont un kamikaze palestinien, ont été tuées et 88 autres blessées dans un attentat-suicide commis dans une pizzeria de la ville. L'opération, qu'Israël a promis de ne pas laisser sans riposte, a été revendiquée par le Jihad islamique.

Un kamikaze palestinien a apparemment pénétré à l'intérieur d'un restaurant de la chaîne Sbarro, situé en plein centre-ville, à l'angle des rues de Jaffa et de King George, avant de déclencher les explosifs qu'il portait sur lui, a indiqué la radio militaire israélienne, citant des responsables de la police. La charge contenait des clous, ce qui explique le nombre élevé de tués et de blessés.

Un interlocuteur anonyme a revendiqué au nom du Jihad islamique l'attentat et affirmé, dans un appel téléphonique à l'Agence France Presse à Amman, que son mouvement était prêt à lancer des attaques similaires dans d'autres villes de «Palestine». Dans un communiqué reçu par l'AFP à Beyrouth, le même mouvement a revendiqué l'attentat affirmant qu'il avait été commis par un Palestinien de 23 ans, Hussein Omar Abou Nassaeh. Curieusement, le mouvement islamiste palestinien Hamas a lui aussi revendiqué l'attentat.

«ISRAËL DOIT RÉAGIR»

«Israël se doit de réagir»

A prévenu le ministre israélien des Communications Reuven Rivlin. «Les Palestiniens doivent comprendre qu'ils auront un prix à payer pour la politique de leurs dirigeants.»

La direction palestinienne a, quant à elle, rejeté la responsabilité de l'attaque sur le Premier ministre israélien Ariel Sharon. «Nous tenons Sharon pour responsable de ce qui s'est passé à Jérusalem. C'est lui qui a provoqué (les Palestiniens) et c'est lui qui l'a souhaité», a répliqué le ministre palestinien de l'Information Yasser Abed Rabbo. Selon lui, «les actes de violence et de terrorisme sont le résultat de la politique d'assassinats du Premier ministre israélien et l'Autorité palestinienne ne peut en être tenue responsable.»

Un chef politique du Jihad islamique à Gaza a justifié l'attentat. «Que peut attendre Israël d'un peuple qu'il pilonne, qu'il tue et qu'il affame?», s'est interrogé Nafez Azzam. Un dirigeant de l'autre mouvement radical islamiste palestinien le Hamas, a affirmé que les attaques anti-israéliennes allaient s'intensifier.

Des réfugiés palestiniens du camp d'Aïn Héloué, au Liban Sud, ont accueilli avec des tirs de joie la nouvelle de l'attentat-suicide. Des rafales de fusils-mitrailleurs ont également été tirées à Bourj Barajneh, un camp de la banlieue sud de Beyrouth, où des centaines d'enfants ont défilé, brandissant des drapeaux palestiniens et scandant «notre âme et notre sang seront versés pour ô Palestine!».

QUARTIER BOUCLÉ

Après l'explosion, le secteur a été bouclé par les forces de sécurité et des artificiers ont fouillé les lieux à la recherche d'éventuelles autres charges.

Depuis plusieurs semaines les forces de sécurité israéliennes étaient en alerte dans la crainte d'une riposte palestinienne aux récentes opérations de meurtre ciblées contre des activistes palestiniens accusés de «terrorisme»

.

Sur les lieux de l'explosion, des personnes en sang étaient étendues sur la chaussée au milieu de débris de verre. Dans la pizzeria dont la devanture a été complètement soufflée, les clients gisaient sur le sol, au milieu des tables et des chaises renversées.

«Le monde considère les Palestiniens comme des victimes et voilà ce qu'ils font aux Israéliens. Si vous voyez tout ce sang, vous ne penseriez plus la même chose», a déclaré Benny Peretz, un médecin accouru de son cabinet voisin. Le maire de Jérusalem, Ehoud Olmert, a qualifié l'attaque d'attentat «très grave qui a eu lieu à l'un des endroits le plus sensible au coeur de la ville».

La tension était à son comble à Jérusalem en fin d'après-midi. Une explosion, provoquée par un pneu, dans le secteur de la gare routière a fait croire à un deuxième attentat et provoqué une ruée de la police et des services de secours.

© La Libre Belgique 2001