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A peine en fonctions, le nouveau président indépendantiste de Catalogne, Quim Torra, a lancé samedi un premier défi à Madrid en nommant dans son gouvernement des ministres incarcérés ou exilés pour leur rôle dans la tentative de sécession d'Espagne. M. Torra, investi lundi dernier et qui a prêté serment jeudi, a signé le décret de formation de son gouvernement régional, qui comprend deux anciens ministres en prison et deux autres exilés en Belgique.

La formation effective de ce gouvernement pourrait être bloquée par Madrid. Le gouvernement espagnol conserve en effet la tutelle sur cette région, imposée le 27 octobre 2017 lors d'une déclaration d'indépendance restée sans suite.

C'est à lui en principe que revient de publier cette liste au journal officiel, pour que l'exécutif régional entre en fonctions ce qui lèvera automatiquement la tutelle en application de l'article 155 de la Constitution.

Mais le gouvernement de Mariano Rajoy a prévenu qu'il veillerait à faire respecter la loi et mis en doute la possibilité d'une prise de fonctions de ministres incarcérés ou en fuite à l'étranger.

Le parti Ciudadanos, rival du Parti Populaire de M. Rajoy, a déjà demandé qu'il paralyse la procédure.

"Dans ces conditions, on ne peut pas lever le 155", a écrit le chef de Ciudadanos en Catalogne, Inés Arrimadas sur son compte Twitter.

Les avocats de Jordi Turull et Josep Rull ont demandé leur mise en liberté provisoire pour leu permette de prendre leurs fonctions mercredi prochain 23 mai.

Les deux autres, Toni Comin et Lluis Puig, vivent en exil en Belgique où ils avaient fui avec le président Carles Puigdemont après la destitution du gouvernement régional.

Tous les quatre sont comme Carles Puigdemont poursuivis pour "rébellion" en raison de leur rôle dans la tentative de sécession du 27 octobre dernier.

M. Puigdemont attend en Allemagne que la justice se prononce sur une demande d'extradition de la justice espagnole.

La justice belge a elle rejeté pour vice de forme la demande d'extradition de Comin, Puig et des deux autres "conseillers" qui s'étaient comme eux établis en Belgique.

"Un conseiller ou un ministre ne peut pas exercer ses fonctions en tant que tel en étant en prison", avait souligné vendredi le porte-parole du gouvernement Iñigo Méndez de Vigo, sans dévoiler les intentions du cabinet au cas où M. Torra mettrait ses projets à exécution.

M. Torra avait pourtant envoyé la veille une lettre demandant à rencontrer M. Rajoy pour entamer un dialogue "sans conditions". Il n'y mentionnait pas le referendum d'autodétermination que les séparatistes réclament depuis des années à M. Rajoy et que celui leur refuse en invoquant la constitution espagnole.

Le geste avait conduit beaucoup d'observateurs à tabler sur une période de détente entre Madrid et les indépendantistes après des mois de tension.

Mais M. Torra a été choisi par M. Puigdemont, qui se considère toujours comme "le président légitime". Depuis son exil, il a remporté le plus de voix séparatistes aux élections régionales de décembre en promettant de "rétablir le gouvernement" dissous selon lui illégalement.

Ce succès inattendu a renforcé sa position face aux dirigeants restés en Espagne, dont Oriol Junqueras, chef du parti ERC (Gauche républicaine de Catalogne) en détention depuis plus de six mois, qui prônent l'apaisement avec Madrid. Bien que le scrutin ait montré une fois de plus que les séparatistes représentaient moins de la moitié des Catalans, M. Puigdemont entend continuer à promouvoir la cause indépendantiste en poussant Madrid à prendre de nouvelles mesures coercitives.

Le chef du Parti populaire en Catalogne, Xavier Garcia Albiol, a vu dans la composition du gouvernement de M. Torra "la volonté de poursuivre dans le conflit et la provocation".