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Les indépendantistes ont élu mercredi un des leurs, Roger Torrent, à la présidence du parlement catalan, lors d'une première séance parlementaire depuis les élections visant à poser les jalons pour réinvestir Carles Puigdemont comme dirigeant de la région. Roger Torrent, élu de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), a été désigné président du parlement par 65 voix contre 56, en l'absence de huit députés sécessionnistes placés en détention ou en exil volontaire à Bruxelles, dont Carles Puigdemont, destitué par Madrid.

Deux mois après la crise politique sans précédent déclenchée par leur tentative de sécession, les séparatistes catalans gardent leur majorité au parlement, dont la session s'est ouverte peu après 11h00 (10h00 GMT), pendant que des centaines de partisans se massaient non loin de la chambre régionale pour suivre la séance diffusée sur écran géant.

Lors des élections régionales du 21 décembre, ils ont obtenu 47,5% des suffrages, soit 70 députés sur 135 grâce à la pondération des voix qui profite aux régions rurales, plus indépendantistes.

Cette majorité absolue des sièges doit désormais leur permettre en principe de désigner un président séparatiste.

Le candidat naturel est Carles Puigdemont, destitué par le chef du gouvernement Mariano Rajoy avec l'ensemble de son exécutif le 27 octobre, après la déclaration d'indépendance du parlement catalan.

Pendant la session de mercredi les séparatistes chercheront à poser les jalons en vue de l'investiture de M. Puigdemont prévue en principe à la fin du mois, un parcours compliqué.

Les deux principales listes séparatistes, celle du président destitué "Ensemble pour la Catalogne" et celle de la "Gauche républicaine de Catalogne", sont d'accord pour l'investir.

La première a 34 sièges et la deuxième 32. Avec les quatre voix encore à confirmer de la Candidature d'unité populaire (extrême gauche indépendantiste), l'arithmétique leur donne donc l'avantage.

Majorité virtuelle

Leur majorité reste en effet théorique puisque huit des 70 députés séparatistes sont en prison ou à l'étranger et ne peuvent en principe voter: trois sont en détention provisoire, inculpés pour "rébellion", "sédition" et "détournement de fonds"; les cinq autres, dont Carles Puigdemont, également visés par la justice, sont en fuite en Belgique.

Leur premier objectif sera de contrôler la présidence du parlement et l'organe qui veille au respect du règlement de la chambre et à l'ordre du jour.

C'est ce "bureau" qui acceptera ou non, le vote à distance des uns ou des autres.

Pour les députés en prison, cela semble possible, même si le règlement parlementaire ne le prévoit pas, expliquait mardi une source gouvernementale à Madrid.

"Ils n'ont pas choisi d'aller en prison et ils ont été placés en détention par un juge". Mais cela est exclu pour les élus partis à Bruxelles de leur propre chef, ajoutait-il.

Madrid a prévu qu'une tentative de vote mercredi depuis Bruxelles ferait immédiatement l'objet d'un recours, qui bloquerait tout retour à la normalité.

Les élus de Bruxelles ont de leur côté annoncé mercredi matin, avant l'ouverture de la séance qu'ils ne chercheraient pas à voter, une manière d'éviter une confrontation avec le gouvernement et l'opposition avant même qu'une séance pour investir Carles Puigdemont soit organisée.

Les indépendantistes peuvent garder le contrôle du Parlement avec 62 députés présents dans l'hémicycle et les voix des trois élus emprisonnés, l'opposition (parti libéral Ciudadanos, Parti socialiste et Parti populaire de Mariano Rajoy) ne comptant que 57 députés. Les huit élus du groupe Catalunya en Comun, proche de Podemos, ont en effet décidé de s'abstenir, rendant impossible une majorité favorable au maintien en Espagne.

Reste que Mariano Rajoy n'acceptera en aucun cas une présidence de Carles Puigdemont depuis Bruxelles, via internet et vidéoconférence, d'une région de 7,5 millions d'habitants où vivent 16% des Espagnols.

"Je contesterai le premier acte administratif", qui ira dans ce sens, a-t-il dit à des journalistes mardi.

Un tel recours entraînera la saisine de la Cour constitutionnelle, qui gèlera l'investiture et débouchera sur un nouveau scénario de blocage de la région, pendant lequel le gouvernement continuera à diriger en direct la Catalogne privée de l'autonomie à laquelle ses habitants, très partagés sur l'indépendance, tiennent tant.

Selon le ministre de l'Economie Luis de Guindos cette crise politique a déjà coûté un milliard d'euros en ralentissant la croissance de la région, qui fournit 19% du PIB. Plus de 3.000 entreprises inquiètes ont préféré déménager leur siège social hors de Catalogne depuis le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre.