International La décision a été annoncée par la justice mardi après-midi. Les Républicains tentent de minimiser. 

Tout le monde attendait la décision ce mercredi. C’est finalement la veille qu’a eu lieu une annonce sans surprise, mais néanmoins lourde de conséquences pour François Fillon : sa mise en examen par les juges en charge de l’affaire des emplois fictifs concernant sa femme et ses enfants. L’avocat du député de Paris, Me Antonin Lévy, avait demandé que l’audition soit avancée de 24 heures, "afin qu’elle se déroule dans des conditions de sérénité", a-t-il précisé à l’AFP. La requête a été acceptée par la justice.

Entendu ce mardi à 9h30, François Fillon a refusé de répondre aux questions des juges, se contentant - comme la loi le lui permet - d’une simple déclaration, qui a fuité dans la presse dans l’après-midi. "Je ne demande ni dérogation, ni faveur, mais simplement le respect du droit", a-t-il martelé, réitérant ses affirmations selon lesquelles son épouse avait bien effectué "un travail réel".

Si le candidat est parvenu à éviter les images gênantes de son arrivée au pôle financier devant des nuées de caméras, sa situation n’en demeure pas moins préoccupante. Sur le plan judiciaire, d’abord : Fillon a été mis en examen pour "détournement de fonds publics", "complicité et recel de détournement de fonds publics", et "complicité et recel d’abus de bien sociaux".

La mise en examen, désormais effective, permet de sécuriser la procédure, sur laquelle il sera impossible de revenir. En revanche, il est très peu probable qu’un jugement ait lieu avant l’élection présidentielle, compte tenu de la durée nécessaire à l’instruction. Et ce, d’autant que les avocats de François Fillon ont désormais accès au dossier, et pourront contester tel ou tel point de la procédure.

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Grand oral

Le calendrier judiciaire sera aussi dépendant du calendrier politique : si François Fillon est élu, il ne pourra pas être jugé durant son quinquennat. D’autres protagonistes de l’affaire pourraient en revanche être mis en examen - notamment son épouse, Penelope. Mais il est peu probable qu’ils soient jugés en l’absence d’un de ses protagonistes - François Fillon en l’occurrence.

En cas d’accession du Sarthois à l’Elysée, on peut donc penser que c’est le dossier dans son ensemble qui sera repoussé d’au moins cinq ans. En revanche, s’il est battu, la procédure pourra bien évidemment se poursuivre. Au terme de leur instruction, les juges auront alors le choix entre prononcer un non-lieu ou renvoyer le député de Paris devant un tribunal correctionnel, s’ils estiment que les charges sont suffisantes.

Quoi qu’il en soit, Fillon n’est pas au bout de son parcours judiciaire. Mais ce qui le préoccupe aujourd’hui avant tout, c’est sa situation politique. Au long de l’après-midi, les Républicains se sont évertués à dédramatiser l’annonce de la mise en examen, évoquant"un non-événement".

Le candidat lui-même a tenté de relativiser : lorsqu’il a appris sa mise en examen, il était en plein grand oral devant la Fédération nationale des chasseurs. Le Sarthois s’en est tiré par une pirouette, se déclarant content de "rencontrer des vrais chasseurs", dans une campagne où "les balles volent bas".

Si l’on en croit les Républicains, les "pertes liées à cette affaire ont déjà été prises" par leur candidat qui, il est vrai, depuis sa victoire à la primaire de la droite, fin novembre, est passé de plus de 30 % à moins de 20 % des intentions de vote dans les sondages.

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Rebondissements

L’annonce de ce mardi pourrait tout de même continuer à exercer un travail de sape au sein de son électorat, qui se souvient que le candidat s’était engagé à ne pas se présenter en cas de mise en examen. "C’est aux Français de juger et les Français jugeront", a répété Christian Jacob, patron du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale.

A droite, on s’est aussi senti moins seul, après l’annonce de l’ouverture lundi, par le parquet de Paris, d’une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel, sur la soirée de la "French Tech Night" à Las Vegas, à laquelle avait participé Emmanuel Macron, le 6 janvier dernier. La procédure fait suite à un rapport de l’Inspection générale des finances, révélé dans "Le Canard enchaîné" du 8 mars.

La soirée, qui avait coûté 380 000 euros, avait mis en vedette le fondateur d’En Marche, devant quelque 500 personnalités. L’organisation avait été confiée par l’organisme public Business France au groupe Havas, sans appel d’offres. L’enquête devra déterminer la légalité de cette absence d’appel d’offres. Si Macron n’est pas visé directement par la procédure, cette nouvelle affaire promet moult rebondissements judiciaires dans cette campagne qui, pour l’heure, se sera déroulée résolument "au ras des parquets". Pour la confrontation des projets et le débat de fond, en revanche, il faudra attendre encore un peu.