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Peu importe qui s'impose lors de l'élection présidentielle de dimanche au Mexique, le football se chargera de rassembler dès le lendemain les Mexicains autour de leur "religion": le football.

Quelques heures après le scrutin, le Mexique affrontera le Brésil en huitièmes de finale au Mondial de Russie 2018.

La deuxième économie d'Amérique latine vote dimanche pour élire son nouveau président avec en grand favori des sondages le vétéran de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, loin devant les candidats des partis traditionnels.

Mais dès le lendemain les regards se tourneront vers l'équipe aztèque qui affrontera la "Selecao" lors d'une rencontre vibrante entre les deux grands pays latino-américains.

Tant dans les urnes que sur la pelouse du stade de Samara en Russie pourrait s'écrire une page marquante et inattendue de l'histoire du Mexique.

L'humeur "est au beau fixe", après la bonne prestation du Tri au Mondial, explique Aurelio Collado Torres, universitaire au Tecnológico de Monterrey.

Pour l'analyste, cela pourrait se traduire "par un plus grand vote en faveur de Lopez Obrador", dans ce contexte d'optimisme et de de renouveau.

Football ou politique? 

Tous les douze ans, la Coupe du monde et les élections présidentielles mexicaines coïncident dans le calendrier, faisant à chaque fois ressurgir les même interrogations sur leur importance respective.

"Nous les Mexicains savons ce qui est banal et ce qui est important... Chaque fois, la politique est moins banale et chaque fois que le football est plus important" plaisante Felix Fernandez Christileb, ex-gardien mexicain et commentateur pour la chaîne Univision Deportes.

A sa troisième tentative, "AMLO", comme on surnomme Lopez Obrador, pourrait enfin accéder à la présidence et succéder à Enrique Peña Nieto, du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI).

Les derniers sondages lui donnent plus de 20 points d'avance sur ses rivaux: Ricardo Anaya, qui mène une coalition de droite et de gauche (formée par le PAN, le PRD et le Movimiento Ciudadano) et José Antonio Meade, le candidat du PRI, qui figure en troisième position.

Un jour contre six ans 

Beaucoup de Mexicains retiennent leur souffle. C'est le cas de Miguel Diaz, 52 ans, vendeur dans un magasin, qui rêve depuis plusieurs décennies d'une présidence Lopez Obrador, qu'il appelle "le président des pauvres".

Alors pour lui, bien que passionné de football, il juge que la "victoire probable d'Andres Manuel est la chose la plus importante qui va arriver au pays".

"Le football ça dure un jour, la politique dure six ans", résume-t-il.

Mais tout le monde ne pense pas la même chose. "Les gens n'ont aucune idée de ce qui va se passer dans ce pays, ils croient qu'un président de gauche peut sauver le Mexique", déplore un homme de 56 ans en sortant d'un bureau de change où il a acheté des dollars en prévision de "ce qui va arriver".

Même comme ça, "la Coupe du monde est une religion, rien n'est plus important" confie-t-il.

L'attention des Mexicains a rarement été aussi sollicitée. Mercredi, Lopez Obrador a célébré avec des dizaines de milliers de spectateurs son dernier meeting de campagne dans l'emblématique stade Azteca, le plus grand du Mexique.

Le même jour, le Tri jouait son ticket pour les 8e de finale, qu'il décrochait malgré une lourde défaite de l'équipe mexicaine face à la Suède (3-0), grâce à la victoire surprise de la Corée du Sud sur l'Allemagne.

Le Mexique est arrivé en tête de son groupe après ses victoires contre l'Allemagne et la Corée du Sud, un résultat totalement inespéré.

"Nous allons gagner, mais notre victoire doit être large. Ce sera un événement historique" a lancé AMLO à ses supporters depuis ce temple du football où la star argentine Diego Maradona marquait en finale de la Coupe du monde 1986 contre l'Angleterre grâce à sa fameuse "main de Dieu".

Lundi, avec ces deux événements, nous aurons un "changement d'humeur sociale en général" anticipe Collado Torres.

Mais "ce qui est inquiétant, c'est que si le Mexique perd et que Lopez Obrador n'est pas déclaré vainqueur, nous aurons de nombreux problèmes dans le pays" dit-il.