Ces "saints" non reconnus que vénèrent les Mexicains

Marie-France Cros Publié le - Mis à jour le

International

Le Mexique, où le Pape est arrivé en visite (NdlR, voir article ci-dessus), est, comme le reste de l’Amérique latine, le théâtre d’un recul du catholicisme en faveur des sectes évangélistes, pentecôtistes et baptistes qui s’y sont multipliées depuis les années 80, après leur utilisation par la CIA dans la guerre contre les guérillas de gauche que menait l’administration Reagan en Amérique centrale.

Mais le catholicisme traditionnel y est aussi attaqué par des cultes à des "saints" pour la plupart non reconnus par l’Eglise, qui connaissent un succès grandissant et se répandent aux Etats-Unis et en Amérique centrale, parmi des populations qui se considèrent comme catholiques. Il faut sans doute y voir l’effet de la perte de repères de gens vivant dans un des pays les plus violents du monde (jusqu’à 63 meurtres pour 100 000 habitants dans certains Etats fédérés du Mexique, contre 1 à 3 en Europe), où les narcotrafiquants font la loi, corrompent l’Etat et, souvent, le remplacent, où le rapt est une industrie et où les habitants sont partagés entre la crainte de la mort et le désir de se venger.

La Santa Muerte, la protectrice

Ces "saints" sont priés pour qu’ils offrent protection contre la mort à leurs fidèles, ou succès dans leurs entreprises. Des préoccupations bien terrestres, loin de la salvation éternelle. Le plus curieux de ces cultes - rejeté par le Vatican - est celui à la "Santa Muerte" (Sainte Mort), représentée par un squelette de taille variable selon l’endroit (22 m pour un lieu de culte de la banlieue de Mexico), perpétuellement honoré d’offrandes diverses. Le culte à la Santa Muerte s’est développé au XXIe siècle, parallèlement à l’accroissement du narcotrafic.

Considéré d’abord comme l’apanage des bandits, il est aujourd’hui pratiqué par des gens normaux, voire des intellectuels, désireux de se protéger contre la mort, si proche chaque jour.

Jesús Malverde, patron des bandits

Autre "saint" non reconnu par l’Eglise : Jesús Malverde, un bandit mythique du XIXe siècle, dont les chapelles sont honorées d’offrandes et de fidèles dans une grande partie du pays.

Longtemps, il ne fut connu qu’au Sinaloa, Etat fédéré qui est un des centres du narcotrafic. Ce culte a commencé à se répandre avec la guerre antidrogue du président Felipe Calderón (2006-2012). Lancée dès son arrivée au pouvoir, cette campagne meurtrière (50 000 morts et 27 000 disparus) a impliqué quelque 36 000 militaires et policiers contre quelque 100 000 "narcos".

Pour des résultats très mitigés : les narcotrafiquants, qui emploieraient environ un demi-million de personnes, selon des chercheurs mexicains (agriculture, transport, commercialisation, tueurs), restent tout puissants dans le pays et au sein des institutions.

Saint Judas Thaddée, les causes perdues

Ce petit monde "narco" voue aussi un culte à un vrai saint, Judas Thaddée, fêté le 28 octobre. Un des douze apôtres, il est considéré au Mexique comme le patron des causes perdues. Son culte par "les narcos" aurait été apporté il y a une trentaine d’années par les trafiquants de drogue colombiens de Medellin.