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Le débat sur l'avenir de l'Europe, organisé jeudi matin en présence du Premier ministre Charles Michel au Parlement européen, a pris des accents très belges. Plusieurs eurodéputés ont en effet interpellé le chef du gouvernement fédéral sur sa politique nationale plutôt que sur sa vision du futur de l'UE. A l'instar des autres dirigeants européens, M. Michel était invité à présenter aux eurodéputés sa conception de l'avenir de l'Union.

Devant un hémicycle bruxellois à moitié vide, le Premier ministre a plaidé pour une "Europe forte, qui agit là où sa plus-value est réelle". Il a ensuite souligné la nécessité de convaincre les citoyens de cette plus-value, en leur présentant des résultats concrets.

D'après Charles Michel, l'Europe doit avant tout stimuler la prospérité, assurer la sécurité et défendre ses valeurs fondamentales. Il a d'ailleurs rappelé que la Belgique entendait être dans "le cockpit" de l'UE pour atteindre ces objectifs.

Si son discours a été salué par de nombreux députés, certains ont toutefois critiqué les positions de la Belgique sur la scène européenne.

"Je ne doute pas de votre attachement aux valeurs européennes, mais il y a un grand fossé entre votre beau discours pro-européen et ce que la Belgique fait quotidiennement au Conseil (l'institution où siègent les États membres, ndlr)", a notamment lancé Kathleen Van Brempt (sp.a/S&D).

A l'instar de Marc Tarabella (PS/S&D), elle a dénoncé l'attitude belge sur les questions fiscales et regretté que le pays bloque l'introduction d'une taxe sur les transactions financières (TTF ou taxe Tobin) dans l'UE.

Ces allégations ont été rejetées par M. Michel, qui a notamment qualifié la prétendue opposition de la Belgique à la TTF de "rumeur idiote et surréaliste".

"L'insignifiance" au niveau européen

Le Premier ministre a ensuite été pris violemment à partie par le chef du groupe des Verts, Philippe Lamberts (Ecolo). D'après ce dernier, le gouvernement de M. Michel, influencé par la N-VA, a condamné la Belgique à "l'insignifiance" au niveau européen.

"Après avoir été à l'avant-garde de la construction européenne, la Belgique est devenue pionnière de la mauvaise qualité de l'air, des scandales alimentaires, de la taxation excessive du travail et des privilèges accordés aux plus riches, de l'apathie dans la lutte contre la dégradation climatique et dans la transition énergétique, de la concurrence fiscale déloyale vis-à-vis de ses partenaires européens, de la collaboration avec le régime soudanais et de l'accueil indigne des réfugiés", a lancé M. Lamberts.

Cette tirade a très peu goûté à Charles Michel, qui n'a pas manqué de le faire savoir à l'écologiste. "Moi je ne veux pas dégrader l'économie réelle, mais ça, je le sais, ça ne vous préoccupe pas beaucoup M. Philippe 'Nigel Farage' Lamberts. Vous êtes en train de glisser vers le populisme, l'extrémisme et je pense que ce n'est pas digne d'une formation telle que la vôtre en Europe", a-t-il rétorqué.

Dans son intervention, Sander Loones (N-VA/ECR) a quant à lui reconnu que la vision de son parti sur l'Europe différait de celle de M. Michel. "Le résultat est que la voix belge a quelque peu changé de timbre. Elle a désormais une sonorité plus nord-européenne", a-t-il estimé, se réjouissant entre autres du fait que la Belgique se "profile pour la première fois comme un contributeur net (un État qui contribue plus qu'il ne perçoit des politiques communautaires, ndlr)" dans le débat sur le futur budget européen.

M. Loones a ensuite décrit le Premier ministre comme un "homme intelligent" conscient du fait que "personne n'est demandeur de petites folies européennes".

Cette intervention a été moquée par le chef des libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt (Open Vld), qui a remercié M. Michel pour sa vision pro-européenne et déploré que M. Loones n'ait pas entendu le même discours que lui.

En fin de débat, Gérard Deprez (MR/ADLE) a pour sa part regretté que certains parlementaires aient transformé l'hémicycle européen en "arrière-cour" des parlements belges.