Charlie Hebdo: une association porte plainte

BELGA/ AFP Publié le - Mis à jour le

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Une plainte a été déposée au parquet de Paris contre Charlie Hebdo pour "provocation à la haine" après la publication mercredi par l'hebdomadaire satirique de caricatures de Mahomet, a-t-on appris de source judiciaire.

Une enquête a par ailleurs été ouverte par le parquet sur le piratage dont a été victime le site internet du journal, a-t-on précisé de même source.

La plainte contre Charlie Hebdo, que l'AFP a pu consulter, a été déposée dans la journée au nom de l'Association syrienne pour la liberté.

Installée dans le XXème arrondissement de Paris, cette organisation a été déclarée le 6 février 2012 en Préfecture de police de Paris avec pour objet de "défendre les droits de l'Homme en Syrie" et d'apporter une "aide humanitaire au peuple syrien".

L'association estime que Charlie Hebdo "a décidé de jeter de l'huile sur le feu en diffusant une caricature contre le prophète Mohammed", selon le texte de sa plainte.

Les plaignants accusent l'hebdomadaire de "provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse" ou encore de "diffamation publique raciale, religieuse".

L'association, qui représente des Syriens installés en France, souhaite "apaiser les tensions" nées de la diffusion sur internet d'un film islamophobe, a déclaré à l'AFP le conseiller juridique de l'association, Mohamed Iriqat, de nationalité franco-palestinienne.

"La très grande majorité des musulmans est pour la paix et le dialogue", a déclaré cet homme qui se dit avocat au barreau de Palestine et doctorant en droit à la Sorbonne.

"Nous voulons éviter avec cette plainte que les musulmans ne participent à des manifestations violentes dans la rue", a-t-il poursuivi. "Mais la liberté d'expression a ses limites, si elle encourage la haine."

Contacté par l'AFP, l'avocat de Charlie Hebdo, Me Richard Malka, a jugé que cette plainte, qui a bien été reçue par le parquet de Paris selon une source judiciaire, semblait "plus fantaisiste" que les dessins de l'hebdomadaire satirique.

"On est dans le n'importe quoi. (...) A mon avis, il va y avoir un sérieux problème de recevabilité", a déclaré Me Malka à l'AFP. "Quelque chose me dit que je ne plaiderais jamais ce dossier", a-t-il poursuivi.

Le parquet, qui devra décider des suites judiciaires à donner à la plainte, a en revanche d'ores et déjà ouvert une enquête sur le piratage dont a été la cible le site internet de Charlie Hebdo, a-t-on précisé.

Cette enquête, confiée à la Brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information (Befti), a été ouverte après une plainte de l'hebdomadaire pour intrusion dans un système automatisé de données.

La plus haute autorité de l'islam sunnite condamne les caricatures

Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, basée au Caire, a condamné ce mercredi la publication par l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo de caricatures du prophète Mahomet. "Al-Azhar et tous les musulmans refusent catégoriquement l'insistance d'une publication française à publier des caricatures portant atteinte à l'islam et à son prophète", a dit le cheikh d'Al-Azhar, Ahmed al-Tayyeb, dans un communiqué diffusé par l'agence officielle égyptienne Mena.

De tels actes "invitant à la haine au nom de la liberté sont totalement rejetés", a ajouté le responsable de l'institution universitaire et théologique, en soulignant "la nécessité que la liberté s'arrête aux limites de la liberté d'autrui".

Le gouvernement français embarrassé

L'exécutif français était tenaillé entre défense de la liberté d'expression et condamnation d'un "excès" après la publication des caricatures, dans un contexte de violences dans le monde provoquées par un film islamophobe. Interrogé sur la publication de ces caricatures, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a observé: "Nous sommes dans un pays où la liberté d'expression est garantie, la liberté de caricature aussi".

Mais "si vraiment des personnes se sentent heurtées dans leurs convictions et pensent qu'il y a eu dépassement du droit - nous sommes dans un Etat de droit, cet Etat de droit doit être totalement respecté -, elles peuvent saisir les tribunaux", a-t-il également estimé.

Evoquant les "éléments de contexte", M. Ayrault a jugé qu'il était de la "responsabilité de ceux qui dirigent ce journal de décider de faire ou ne pas faire".

Il a par ailleurs annoncé l'"interdiction" d'une demande de manifester samedi à Paris contre le film américain anti-islam "L'Innocence des musulmans", qui a déclenché des manifestations anti-américaines dans le monde musulman qui ont causé la mort de plus de 30 personnes.

En déplacement au Caire mardi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait réagi aux caricatures de Charlie Hebdo en se disant "contre toute provocation", tout en rappelant l'importance de la liberté d'expression. Ces dessins "choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués en lisant un journal qu'ils ne lisent jamais", a fait valoir mardi le directeur de l'hebdomadaire, Charb, moins d'un an après la destruction criminelle des locaux du journal à la suite d'une Une représentant Mahomet et jugée injurieuse par des extrémistes.

L'une de ces caricatures montre Mahomet dénudé, dans une parodie d'une scène du film "Le Mépris" de Jean-Luc Godard où Michel Piccoli admire la chute de reins de Brigitte Bardot.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), organe représentatif des différents courants musulmans en France, a condamné "avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans", tout en lançant "un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation".

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Richard Prasquier "désapprouve" quant à lui les caricatures de Mahomet qui, selon lui, dans le contexte de tensions actuel, relèvent d'"une forme de panache irresponsable".

Le site internet de l'hebdomadaire était inaccessible mercredi matin pour des raisons encore inconnues, et sa page Facebook était submergée de commentaires, positifs ou négatifs.

Mercredi matin, un fourgon de CRS était toujours en position près du bâtiment de sept étages où est installé Charlie Hebdo, dans l'est de Paris, non loin des anciens locaux de l'hebdomadaire, a constaté un journaliste de l'AFP.

De source proche du journal, trois dessinateurs de Charlie hebdo sont sous protection policière depuis novembre 2011, quand les locaux de l'hebdomadaire avaient été incendiés à la suite de la publication d'un numéro rebaptisé "Charia Hebdo", montrant en Une une caricature de Mahomet.

En novembre 2011, après la publication de ce numéro spécial, les locaux du journal satirique avaient été incendiés. En février 2006, l'hebdomadaire avait repris 12 caricatures publiées par le quotidien danois Jyllands-Posten, qui avaient suscité protestations et violences dans le monde musulman.

Le directeur de Charlie Hebdo avait été relaxé en justice, la cour d'appel de Paris jugeant qu'il n'y avait pas eu d'injure aux musulmans car les dessins "visent clairement une fraction", à savoir les terroristes, "et non l'ensemble de la communauté musulmane".

Une "initiative totalement irresponsable", dénonce Dalil Boubakeur

La publication par l'hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo" de nouvelles caricatures de Mahomet "est une initiative extrêmement dangereuse et même totalement irresponsable", a dénoncé mercredi Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris. "Nous condamnons bien entendu de la manière la plus vivre (ces) caricatures", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. "Répéter, recommencer les mêmes âneries, les mêmes idioties, les mêmes calomnies, la même ignominie nous paraît plutôt relever d'un syndrome strictement psychiatrique" dans une période "où il y a des difficultés".

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