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"Bienvenue aux criminels birmans !" Ce n’est pas Yves Leterme, bien qu’habitué aux lapsus, faux pas et autres gaffes, qui a accueilli en ces termes la délégation birmane au 8e sommet de l’Asem. Notre Premier ministre aurait pu, cependant, reprendre sans rougir cette interpellation de l’association Actions Birmanie qui cite à l’appui le rapporteur spécial des Nations unies Tomas O. Quintana. Celui-ci dénonçait, en mars dernier, des "crimes de guerre" et des "crimes contre l’humanité" en Birmanie, et réclamait l’envoi d’une commission internationale d’enquête. La Belgique ne s’est jamais prononcée sur cette proposition.

Depuis novembre 2004 et le sommet de l’Asean à Vientiane, l’Union européenne s’accroche à l’illusion d’un "dialogue constructif" avec la junte birmane dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a produit aucun résultat. Les militaires vont tenir, le 7 novembre, un simulacre d’élections absolument grotesque et, pour mieux se payer la tête des Occidentaux (et des Birmans), ils ont laissé entendre qu’ils pourraient lever l’assignation à résidence de la figure de proue de l’opposition, le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, quelques jours après le scrutin. Malgré quoi, en préparant ce sommet de l’Asem, la diplomatie belge déclarait avoir voulu tenir compte des "changements" intervenus en Birmanie. Dites cela à un cheval de bois, il se mettra à ruer.

Le ministre birman des Affaires étrangères Nyan Win est donc à Bruxelles, malgré une interdiction de visa décrétée dans le cadre des sanctions européennes - on y fait exception, explique-t-on très sérieusement, "dans des cas spécifiques", quand, par exemple, il s’agit de discuter des droits de l’homme ! Il est vrai que l’Europe entend demander à la junte d’organiser des élections "libres, équitables et ouvertes à tous". En 2098 ?