International Une nouvelle loi restreint considérablement la liberté d’action des ONG étrangères.

Tout en projetant l’image d’un homme toujours souriant et presque débonnaire, le président Xi Jinping n’en finit pas de resserrer son étau sur la classe politique et la société civile en Chine. Il vient ainsi, en l’espace de quelques jours, de faire voter une loi restreignant considérablement la liberté d’action des ONG étrangères, et d’organiser un tir de barrage contre la Ligue de la jeunesse communiste, vivier traditionnel des élites du parti et, par conséquent, foyer possible de résistance à une emprise que le numéro un chinois veut visiblement exercer de façon absolue sur le régime.

La loi sur les ONG, que le Comité permanent de l’Assembée populaire nationale (le Parlement chinois) a adoptée jeudi et qui entrera en vigueur en janvier 2017, n’est pas sans rappeler celles que la Russie de Vladimir Poutine avait votées en 2012 et 2015 (l’évolution politique à Pékin et à Moscou n’est au demeurant pas sans ressemblances). Elle soumet la majorité des quelque 7 000 ONG étrangères actives en Chine à l’obligation d’obtenir désormais une autorisation du ministère de la Sécurité publique et les place sous sa surveillance étroite. La police pourra ainsi à tout moment interroger les employés de ces organisations, contrôler leurs activités et vérifier leur financement.

Certes, dans un système où l’état de droit est encore relatif et où les procédures discrétionnaires, sinon arbitraires sont la règle, ce contrôle était déjà parfaitement possible. Les intéressés redoutent, cependant, qu’il soit dorénavant effectué avec beaucoup plus de zèle, maintenant que les opérations de police seront cautionnées par une loi.

Avec un partenaire chinois

Toutes les ONG sont concernées, qu’elles travaillent dans les secteurs caritatif, humanitaire, écologique ou social, à l’exclusion apparemment des centres de recherche universitaires. Une disposition inquiète particulièrement celles qui sont impliquées dans des domaines politiquement sensibles (la formation d’avocats, par exemple) : l’obligation d’opérer avec un partenaire chinois, lequel risque, dans ce cas, d’être difficile, voire impossible à trouver.

Sous couvert de combler un vide juridique et de mettre fin à une certaine anarchie, la nouvelle loi répond au souci de contrer la capacité subversive des ONG occidentales aux yeux de la direction communiste, qui les tient pour responsables de la contestation politique à Hong Kong et craint de les voir attiser le mécontentement ailleurs en Chine, qu’il soit inspiré par les inégalités sociales ou la dégradation de l’environnement.

Une pépinière sous pression

Pour Xi Jinping, c’est également un moyen de museler toute forme d’opposition à son autorité. C’est dans le même esprit qu’il a mis sous pression la Ligue de la jeunesse, accusée lundi par la Commission centrale pour l’inspection de la discipline (l’organe chargé de la répression de la corruption) d’avoir failli à sa mission dans l’encadrement idéologique de la jeunesse chinoise.

Cheval de bataille du président Xi, la lutte contre la corruption lui permet à la fois de se rendre populaire et d’écrémer les rangs de ses rivaux. A l’approche d’un Congrès du parti qui, en 2017, redistribuera les cartes au sommet de l’appareil, faire le ménage dans la pépinière de futurs dirigeants que représente la Ligue lui permet là aussi de faire d’une pierre deux coups.Philippe Paquet