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ENVOYÉE SPÉCIALE À NEWPORT

Abdullah Gül n'est pas spécialement arrivé de bonne humeur vendredi au Pays de Galles. Si personne n'a remis en cause l'ouverture le 3 octobre des négociations d'adhésion à l'Union avec Ankara - même le Chypriote George Iacovou s'est dit «optimiste» à cet égard -, la teneur des discussions européennes, perçues au Manoir celtique de Newport, ne plaît guère au chef de la diplomatie. Comme son homologue croate, en pleine opération de charme diplomatique, l'homme a entrepris d'exposer à certains de ses collègues de l'Union les arguments plaidant la cause de sa candidature européenne.

Gül, qui estime déjà faire pas mal d'efforts, a beau jeu de mettre les Européens devant leurs contradictions. Les Vingt-cinq ont planché sur une déclaration enjoignant à Ankara de faire preuve de bonne volonté à l'endroit de la République de Chypre. Mais, si l'Union réclame de la Turquie qu'elle autorise l'accès des bateaux et avions chypriotes à ses (aéro) ports, Nicosie bloque toujours le désenclavement commercial de la partie turque de l'île. «Je vois difficilement comment un pays candidat peut fermer les échanges commerciaux avec un des Etats membres», a réagi le Français Philippe Douste-Blazy, se référant à l'embargo turc. Mais l'attitude chypriote «n'est pas normale non plus...» De même, les 259 millions d'euros prévus pour aider au développement du Nord n'ont toujours pas pu être libérés.

A ceux qui l'auraient oublié, Gül a également rappelé que ce ne sont pas les Chypriotes-turcs qui ont rejeté par référendum, en avril 2004, le plan de paix des Nations unies, mais leurs voisins grecs. Et, soumis à la pression des nationalistes, il a ajouté que la reconnaissance de la République de Chypre n'interviendrait que dans le cadre d'un règlement définitif de la partition de l'île. L'Onu, qui y a déployé des casques bleus, a tenté à plusieurs reprises de réconcilier les parties, en vain. L'île est divisée depuis 1974 - année de l'invasion des troupes turques, en réaction à un coup d'Etat des nationalistes grecs - entre une république chypriote-grecque au Sud et une chypriote-turque au Nord. Contrairement à Ankara, la communauté internationale considère que la première, membre de l'UE depuis le 1er mai 2004, est la seule entité légale et ce, bien qu'elle n'exerce sa souveraineté que sur la partie méridionale.

«Plus souple»

Dans la déclaration qu'elle adoptera la semaine prochaine, l'UE note d'ailleurs la disposition de la Turquie à soutenir les efforts de Kofi Annan. «Il faut que l'Onu relance, en parallèle avec les négociations d'adhésion, les pourparlers menant à la solution du problème de Chypre», a suggéré le commissaire à l'Elargissement, Olli Rehn. Et que «les deux côtés aient une position plus souple», a embrayé le Belge Karel De Gucht. La question chypriote «prendra du temps» mais, a conclu le Britannique Jack Straw, cela ne doit pas remettre en cause le calendrier des négociations. Qu'on se le dise.

© La Libre Belgique 2005