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CORRESPONDANT À BONN

Les juges de Francfort ont été cléments pour Hans-Joachim Klein. Lui qui avait participé à l'attentat contre l'Opep de décembre1975 a écopé d'une peine de neuf ans. Pour triple meurtre, tentative de meurtre et prise d'otages, le code pénal prévoit la détention à perpétuité. Mais l'accusé a pu bénéficier du statut de repenti prêtant assistance à la justice. Le parquet avait réclamé 14ans, la défense voulait descendre à huit ans.

COHN-BENDIT ET FISCHER

Le procès avait attiré l'attention internationale par les dépositions de l'eurodéputé Daniel Cohn-Bendit et, surtout, par celle du ministre vert des Affaires étrangères, Joschka Fischer. Les deux avaient été amis du condamné au cours des turbulentes années de Francfort ayant précédé l'attentat. Jamais témoignage de ministre n'avait attiré autant de journalistes dans une salle de tribunal allemand.

Ouvert en octobre dernier, le procès devant le tribunal de grande instance de la métropole bancaire a connu 25jours d'audience, ce qui est très peu pour l'Allemagne. Le président Heinrich Gehrke, juge chevronné qui a déjà mené des procès célèbres comme le meurtre des deux petites filles de Monika Weimar, a tenu parole: il a évité d'en faire un colloque historique sur le terrorisme des années70 pour se concentrer sur le crime de Vienne.

Le procès a été facilité par le fait que Klein aurait fait des aveux et coopéré avec le parquet moyennant une réduction de peine. Cependant, par manque de preuves, son coaccusé, Rudolf Schindler, ex-membre des Revolutionäre Zellen (cellules révolutionnaires, mouvement terroriste concurrent de la Fraction Armée Rouge), que Klein a dénoncé comme l'un des organisateurs du coup de Vienne, a été acquitté.

Klein a entendu le verdict sans broncher, de sa triste mine habituelle, un homme résigné. Dix minutes d'Opep, avait-il dit, ont détruit ma vie. S'il se conduit bien, il sera libéré dans six ans, après avoir purgé deux tiers de sa peine. A moins qu'il ne soit gracié auparavant, ce qui semble fort probable. A l'exception d'Egon Krenz, tous les hauts dignitaires de l'ex-RDA impliqués dans les meurtres aux frontières ont aussi été graciés. Cette clémence est politiquement préférable à une amnistie générale, pense du moins la classe politique allemande.

FASCINÉ PAR CARLOS

Klein avait aidé des jeunes tentés par la lutte armée à retrouver le juste chemin en publiant en1979 son livre Retour à l'humanité. Ceci dit, à l'époque de l'attentat de Vienne ce jeune ouvrier fourvoyé dans les milieux révolutionnaires intellectuels avait cru que seule la lutte armée pouvait transformer la société.

Il était fasciné par le terroriste vénézuélien Illich Ramirez Sanchez dit Carlos, rappelle le président Gehrke: A côté de Carlos il était quelqu'un. C'était le monde des gouvernements, des services secrets et du grand terrorisme. Carlos l'avait choisi pour Vienne parce qu'il était germanophone. Il avait le naïf espoir, poursuit le juge, de retourner vivre à Francfort après l'attentat.

Voilà pourquoi il était aussi le seul à porter un masque. Grièvement blessé au ventre au siège de l'Opep, il fut transporté à Alger avec l'avion des otages. Puis, il s'était caché pendant plus de 20ans en Normandie, secouru notamment par Dany-le-Rouge et André Glucksmann avant d'être arrêté en septembre1998.

ENQUÊTE CONTRE FISCHER

Contre Joschka Fischer, le parquet vient d'ouvrir une enquête pour faux témoignage. En effet, au procès il avait nié formellement avoir hébergé dans la maison qu'il occupait avec d'autres la terroriste Margrit Schiller. Après, on a su qu'elle y avait bien passé plusieurs nuits. Le ministre a fait amende honorable, mais l'affaire n'est pas encore terminée pour lui.

© La Libre Belgique 2001