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Plusieurs dizaines de dirigeants se réunissent mardi à Paris pour donner un coup d'accélérateur au financement très insuffisant de la lutte contre le changement climatique, à l'occasion du deuxième anniversaire de l'Accord de Paris.

Le président français Emmanuel Macron a lancé l'idée de ce sommet après l'annonce par Donald Trump du retrait américain du pacte historique de 2015 contre le réchauffement terrestre.

L'accord vise à contenir la hausse de la température sous le seuil critique de 2°C, mais sur la base des engagements pris par les Etats, la planète se dirige toujours vers +3°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Déjà, une hausse de moins de 1°C a suffi à provoquer plus de précipitations, le rétrécissement de la banquise ou l'augmentation du niveau moyen des océans.

Pour réduire les gaz à effet de serre et atteindre les objectifs, il faudra des investissements massifs.

"L'Agence internationale de l'Energie estime qu'il faudra en moyenne 3.500 milliards de dollars (d'investissements dans le secteur énergétique) chaque année pendant 30 ans pour contenir l'augmentation des températures à un minimum de 2°C", a souligné le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim juste avant ce "One Planet summit".

"Nous devons agir maintenant", mais l'action politique "ne suffira pas si nous ne revoyons pas l'architecture de la finance mondiale", a averti la responsable climat de l'ONU, Patricia Espinosa.

"Make our planet great again"

Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont annoncés sur l'île Seguin, à l'ouest de Paris, dont le Mexicain Enrique Pena Nieto, le roi du Maroc Mohammed VI, des présidents africains et de petites îles vulnérables au réchauffement, ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres... Mais la Chine, l'Inde ou le Canada, grands émetteurs de gaz à effet de serre, ne doivent être représentés qu'au niveau ministériel.

Et les Etats-Unis, dont le président n'était pas invité, seulement par un chargé d'ambassade.

"Ça n'a pas d'importance que Donald Trump ait tourné le dos à l'accord de Paris", a assuré lundi l'ancien gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, insistant sur l'engagement des Américains à tous les autres niveaux. "Personne n'a laissé tomber (...) Nous, au niveau sub-national, nous allons prendre le relais", a insisté le fondateur du R20, réseau d'autorités régionales.

Malgré tout, les inquiétudes sont grandes, les Etats-Unis n'ayant par exemple versé qu'un milliard de dollars sur les trois promis au Fond vert de l'ONU.

Alors que Donald Trump veut également réduire les fonds pour la recherche, Emmanuel Macron a dévoilé lundi soir les premiers lauréats de son initiative "Make our planet great again", lancée en juin pour attirer les scientifiques, pour répondre au retrait américain.

"La lutte contre le rechauffement climatique, c'est un choix de société", a souligné le président français.

Dans une interview à la chaîne américaine CBS, M. Macron a interpellé lundi son homologue américain sur sa "responsabilité face à l'Histoire", tout en se disant "assez certain" que Donald Trump "va changer d'avis dans les mois ou les années à venir".

Il a par ailleurs estimé qu'il était "extrêmement agressif de décider seul de tout simplement quitter" l'accord conclu entre plus de 190 pays en 2015.

Pas une conférence des donateurs

Les pays du Nord ont promis de porter à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 leurs financements climat aux pays du Sud, qui réclament des assurances sur cette promesse, en particulier pour pouvoir s'adapter aux impacts des dérèglements (digues, surélévation des habitats, système d'alerte météo etc).

"La pièce manquante du puzzle est le financement pour aider les pays les plus pauvres à avoir accès à une énergie propre, pour qu'ils ne suivent pas le chemin du monde riche qui marche aux énergies fossiles", a commenté Mohamed Adow, de l'ONG Christian Aid.

Mais le sommet de mardi n'est pas une conférence des donateurs, insiste la présidence française qui évoque des "solutions concrètes" pour "multiplier les projets sur le terrain".

Parmi les engagements qui pourraient être annoncés, des dons de fondations, des coalitions pour la neutralité carbone ou contre le charbon.

Pour trouver d'autres sources de financement, plusieurs ministres français ont appuyé l'idée d'une taxe européenne sur les transactions financières, projet au point mort après des années de discussions.

Mardi matin, la réunion commencera entre ministres, maires et représentants d'institutions internationales. L'après-midi, place aux dirigeants, avec des sessions menées par les trois co-organisateurs, Emmanuel Macron, Antonio Guterres et Jim Yong Kim.

Des ONG doivent manifester mardi matin pour réclamer l'arrêt du soutien financier aux projets d'infrastructures fossiles (gaz, pétrole, charbon, responsables de trois quarts des émissions).