International

S’il s’inscrit dans une tradition séculaire, le «premier conclave du troisième millénaire » apporte de nombreuses innovations, dont la plus visible est le recours aux cloches du Vatican pour annoncer l’élection d’un nouveau pape.

En ajoutant les cloches à la célèbre fumée blanche, les cardinaux ont voulu éliminer les hésitations déchirantes des Romains - et des milliers de journalistes - sur la couleur des volutes s’échappant de la cheminée de la chapelle Sixtine.

Il est arrivé, lors de conclaves précédents, que la fumée soit grise et qu’il faille attendre Radio-Vatican pour en définir la couleur «officielle ».

Toujours dans cet objectif, un «poêle électronique » a été ajouté à celui, classique, où sont brûlés, une fois dépouillés, les bulletins électoraux. Chargé de fumigènes colorants, il permet de faire en sorte que la fumée blanche soit blanche et la fumée noire, noire. Le moyen traditionnel, autrement dit la paille mouillée que l’on ajoutait aux petits bouts de papiers pour noircir la fumée noire, est abandonné.

L’électronique a été également mise à contribution pour préserver le secret des délibérations du conclave, des techniciens «sûrs et à la foi éprouvée » brouillant les communications des téléphones portables autour de la Sixtine et «balayant » les murs à la recherche des micros-espions.

En même temps, signe de confiance dans la loyauté et la discipline des cardinaux électeurs, pour la première fois ceux-ci ne sont plus enfermés littéralement «avec une clef » (expression à l’origine du mot conclave) mais peuvent se promener librement dans toute la cité du Vatican.

Ce qui améliore beaucoup leur confort, puisqu’ils sont désormais logés à la Maison Sainte-Marthe, une résidence moderne, et non dans des cagibis équipés d’un pot de chambre (les cabinets de toilette étant peu nombreux), aménagés dans les salles jouxtant la Sixtine.

Du coup, les «princes de l’Eglise » devront rejoindre celle-ci deux fois par jour, en car ou à pied - une promenade de quelques centaines de mètres, derrière la basilique Saint-Pierre -, ce qui multiplie les risques d’entrer en contact, même involontairement, avec le monde extérieur, jeter un coup d’oeil sur un journal, entendre un bulletin d’information à la radio ou à la télévision, voire, simplement, une conversation.

Pour réduire ces risques dans la mesure du possible, tous ceux que leurs fonctions amènent à approcher les cardinaux ont été informés qu’ils risquaient l’excommunication immédiate en cas de violation du secret et des règles d’isolement.

Mesure plus terre à terre, les horaires d’ouverture de la pompe à essence du Vatican - extrêmement populaire parmi les employés du Saint-Siège et leurs familles pour cause de prix réduits - ont été aménagés pour éviter que les automobilistes croisent les cardinaux.

Enfin, si c’est le 23e conclave à se tenir dans la chapelle Sixtine, c’est la première fois qu’il est interdit de l’organiser ailleurs, ce lieu étant explicitement cité dans la constitution apostolique Universi Dominici Gregis, édictée par Jean Paul II en 1996.

Jusqu’à cette date, l’usage voulait qu’on élise les papes dans la Sixtine, mais théoriquement les cardinaux pouvaient opter pour un autre endroit. Ce qui était déjà arrivé dans un passé lointain, un conclave s’étant tenu par exemple au Palais du Quirinal, aujourd’hui siège de la présidence italienne.