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La collision entre un bus scolaire et un train régional jeudi dans le sud-ouest de la France a fait cinq morts, ont indiqué vendredi les autorités françaises.

Plus tôt dans la journée, une source proche de l'enquête avait indiqué en matinée que deux fillettes avaient succombé à leurs blessures. "Bilan alourdi: 2 décès supplémentaires annoncés par les établissements de santé à l'instant", avait confirmé la préfecture de cette région, avant de revenir à quatre morts, précisant que "le bilan n'est pas consolidé pour l'instant à six personnes". Ce vendredi après-midi, la préfecture a finalement annoncé le décès d'un enfant qui faisait partie des blessés pour atteindre le bilan dramatique de cinq morts.

Les barrières du passage à niveau étaient-elles ouvertes, laissant la conductrice du bus s'engouffrer sur la voie, ou étaient-elles fermées ? Seul le conducteur du TER a pu être pour l'instant entendu, la conductrice, âgée de 48 ans et employée des autocars Faur, ayant été grièvement blessée dans l'accident.

Il était peu après 16H00 jeudi quand le car de ramassage scolaire, avec à son bord vingt enfants du collège Christian-Bourquin à Millas, a traversé le passage à niveau No 25. Derrière, un deuxième bus s'apprêtait à le suivre.

La SNCF a indiqué jeudi que "selon des témoins, le passage à niveau a fonctionné normalement, mais il faut évidemment que cela soit confirmé par l'enquête".

Il s'agit d'un passage à niveau "classique" doté d'une signalisation automatique et de deux barrières, qui "n'était pas considéré comme particulièrement dangereux", selon elle.

"Il y avait une bonne visibilité", a confirmé Carole Delga, la présidente de la région Occitanie. "Ce passage à niveau-là n'était pas vraiment dangereux (...) et il n'y avait pas eu d'alerte technique", a-t-elle dit sur Europe 1.

Un père d'élève, Samuel Conegero, a cependant affirmé, se basant sur une photo prise par son fils, que "la barrière (était) complètement relevée et qu'il n'y (avait) pas de barrière cassée".

"Il y avait une barrière levée", a également indiqué sur BFM TV Robert Taillant, le maire de Saint-Féliu d'Avall, où habitaient la majorité des victimes.

"Cela va prendre du temps"

"C'est fondé sur la rumeur et les +on-dit+", a déclaré vendredi à l'AFP le procureur, Jean-Jacques Fagni. "Je ne pourrai sérieusement répondre que lorsque sera effectué un examen technique sérieux", dont les résultats ne sont pas attendus vendredi, a-t-il dit.

"On va évidemment étudier tous les dysfonctionnements de toutes sortes et cela va prendre du temps, on met en place de gros moyens locaux, régionaux et nationaux", a expliqué à l'AFP le colonel Jean Valéry Letterman, commandant adjoint de la région de gendarmerie, responsable de l'ex-Languedoc Roussillon.

Le procureur Fagni, qui a ouvert une enquête pour "homicides et blessures involontaires", a saisi le pôle accident du tribunal de Marseille, spécialisé dans les accidents collectifs, dont des magistrats se sont déplacés sur les lieux du drame.

Outre une enquête de la SNCF, une enquête administrative a été aussi ouverte par le Bureau Enquête Accidents (BEA), chargé des drames aériens et ferroviaires, dont des experts sont attendus vendredi à Millas.

Sur le site de la catastrophe, le Train Express Régional et l'autocar éventré, dont la carcasse coupée en deux par la violence du choc gît encore sur la voie ferrée, ont été placés sous scellé pour être examinés par trente enquêteurs de la Brigade de recherche de gendarmerie de Perpignan, renforcés par la Section de recherche de Montpellier.

La scène de l'accident est "gelée", indique-t-on de source proche du dossier. Le temps que trois experts de l'IRCGM, l'Institut de police scientifique de la gendarmerie à Pontoise, procèdent à des mesures avec des lasers pour modéliser et reconstituer en 3 dimensions la scène de l'accident.

"Tout le monde a été marqué et le traumatisme va durer", a dit le Premier ministre Edouard Philippe à son retour de Millas.

"Il est indispensable qu'on puisse faire la lumière", a déclaré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, afin qu'"à l'avenir, sur les 15.000 passages à niveau de France, ce type d'événement tragique ne puisse pas se reproduire".

"Mettre des mots"

Le travail d'identification des victimes, long et difficile compte tenu de l'état de certaines d'entre elles, a été terminé dans la nuit.

Dans la petite commune rurale de Millas, sous le choc, le collège a rouvert ses portes.

"C'est trop dur", a déclaré à l'AFP Sabrina Mesas, une mère de famille au bord des larmes. "C'est important qu'ils soient ensemble, qu'ils puissent parler, mettre des mots sur ce qui s'est passé".

Les collégiens étaient accueillis par une cellule médico-psychologique d'une soixantaine de personnes composée de psychologues, d'infirmières ou d'assistantes sociales.

La collision de Millas est l'un des accidents les plus graves survenus à un transport d'enfants depuis le drame de Beaune en 1982 (53 morts dont 44 enfants).