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Si tant est qu'il fallait encore s'en convaincre, la journée de lundi à Kinshasa a démontré que la tension était extrême après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle qui ont propulsé vers un second tour incertain le président sortant Joseph Kabila et son vice-Président Jean-Pierre Bemba. Alors que des incidents, la veille, avaient déjà endeuillé la capitale (lire ci-dessous), des tirs à l'arme lourde ont été observés, lundi après-midi, aux alentours d'une des résidences du second. L'ancien chef rebelle, chef du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), y recevait les ambassadeurs des pays membres du Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), dont celui de Belgique, Johan Swinnen, ainsi que le chef de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc), le diplomate américain William Swing. Ils se sont réfugiés dans la cave de la villa.

Un peu auparavant, des témoins avaient noté la progression vers le centre de Kinshasa de chars et de véhicules de la Garde présidentielle. C'est cette force prétorienne du président Kabila qui serait à l'origine des combats à l'arme lourde avec des partisans, eux aussi armés, de Jean-Pierre Bemba. Des informations non confirmées faisaient état de blessés. Les affrontements, commencés vers 15h (16h, heure de Bruxelles), se poursuivaient en soirée non dans le quartier de Gombe, lieu de la résidence du vice-Président, mais dans d'autres secteurs de Kinshasa. Ils ont nécessité la première véritable intervention de la Force européenne (Eufor). Une dizaine de blindés de celle-ci (soit la compagnie d'intervention rapide mise à disposition par l'Espagne) s'est déployée dans le cadre d'une opération conjointe avec la Monuc qui a dépêché vingt blindés et quelque 150 casques bleus. «L'Eufor compte envoyer un signal fort et clair pour que cessent ces troubles», a expliqué, à l'agence France-presse, le porte-parole de l'Eufor, le lieutenant-colonel Thierry Fusalba. D'après une source onusienne, l'opération visait prioritairement à «exfiltrer» de la résidence les ambassadeurs du CIAT.

La situation a en tout cas été jugée suffisamment critique pour que le Premier ministre belge Guy Verhofstadt téléphone en personne au président Joseph Kabila pour l'appeler au calme. Une démarche similaire était prévue auprès de Jean-Pierre Bemba. Dans l'attente d'explications précises sur l'origine des heurts, on se perdait en conjectures, lundi soir, sur les motivations du chef de l'Etat, sorti vainqueur du premier tour du scrutin, à entretenir la tension à Kinshasa.

© La Libre Belgique 2006