International CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À KIN

L'ultimatum lancé aux militaires commis à la garde des anciens vice-Présidents congolais pour qu'ils rejoignent les casernes a expiré le 15 mars. Mais les militaires n'ont pas bougé devant les résidences d'Azarias Ruberwa du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et de Jean-Pierre Bemba du Mouvement de libération du Congo (MLC).

Depuis le lancement de l'ultimatum, le chef d'état-major de l'armée, le général Kisempia Sungilanga, avait déployé ses hommes partout en ville, et tout autour des résidences de Bemba, surtout celle du boulevard du 30 Juin, ce qui a fait monter la pression. Jeudi, alors que des sources proches de l'armée annonçaient que les soldats des Forces armées régulières (FARDC) restaient dans le secteur mais n'étaient plus "en état d'alerte", il a suffi d'un rien pour que le feu se déclenche. "Des soldats des FARDC sont arrivés en nombre le matin prendre la relève devant la résidence de Bemba. Les militaires de Bemba ont alors entonné des chants de guerre...", explique un témoin. D'après cette source, les hommes de Bemba, sur leurs gardes, ont alors cru que l'armée s'apprêtait à les attaquer. La situation s'est pourtant calmée vers 10h. Mais vers 11h30, les premiers tirs se faisaient entendre, sans qu'on sache qui a commencé. Les chars de la garde présidentielle se déployaient dans le secteur.

Les affrontements se sont poursuivis jusqu'à la tombée de la nuit, les tirs devenant cependant sporadiques en fin d'après-midi. Le correspondant de la RTBF-radio a fait état d'au moins dix morts, dont sept civils et trois militaires, sur la base des informations fragmentaires qu'il a recueillies. "Il y a un mort parmi le personnel du PNUD (Programme de l'Onu pour le Développement). Il y en a un autre qui a été tué dans l'effondrement d'une mezzanine dans l'immeuble d'une banque qui a été touché par un obus", a indiqué à l'AFP un diplomate en poste à Kinshasa. Ces violences ont fait au moins quatre blessés civils, dont un Belge - légèrement, par des éclats de verre - et une Française, selon des sources diplomatiques. Aucun bilan n'était disponible jeudi soir du côté des belligérants.

La Mission de l'Onu en République démocratique du Congo (Monuc) a procédé à l'évacuation de 637 personnes. "Nous avons évacué [...] des personnels onusiens, des ambassades, des enfants dans des écoles, des civils blessés. Ils ont tous été conduits dans des bâtiments sécurisés de l'Onu", a déclaré à l'AFP le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Didier Rancher.

Les quelque 90 élèves et enseignants bloqués au Lycée français et les 350 élèves, professeurs et parents de l'école belge voisine s'apprêtaient "à passer la nuit sur place", a-t-on indiqué de sources diplomatiques. Le ministre de la Défense, André Flahaut, s'est voulu rassurant sur la situation à l'école belge de Kinshasa, le Lycée Prince de Liège. "La situation est sous contrôle", a-t-il dit à l'agence Belga, ajoutant que ces personnes étaient encadrées par des militaires, normalement belges, commis à la protection des locaux et du personnel diplomatiques, les Détachements d'Agents de sécurité (DAS). La Monuc s'occupe de leur ravitaillement, a quant à lui assuré le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht.

Dans la soirée, Jean-Pierre Bemba lui-même a appelé à un "cessez-le-feu" en déclarant : "Nous sommes prêts à parler à qui que ce soit qui souhaite voir la paix dans ce pays", a-t-il précisé. Il se serait ensuite réfugié dans l'enceinte de l'ambassade d'Afrique du Sud à Kinshasa, a annoncé le ministère des Affaires étrangères à Prétoria. "Bemba a trouvé un asile temporaire à l'ambassade d'Afrique du Sud", a déclaré à Reuters Ronnie Mamoepa, porte-parole du ministère.



InfoSud (avec Belga, AFP et Reuters)

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