International Donald Trump a abordé dès mercredi matin la question du partage du fardeau entre alliés. Sa cible : l’Allemagne. Il a ensuite demandé aux alliés de l'Otan de consacrer 4% du PIB à la défense. Ce jeudi, il annonce être satisfait par les engagements des alliés et a rassuré sur l'engagement américain.

Alternant attaques frontales, tweets et aménités, le président américain Donald Trump a dominé le premier jour du sommet de l’Otan à Bruxelles en accusant dès mercredi matin l’Allemagne d’être "captive de la Russie" et de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses militaires des alliés.

La charge matinale a été directe et a bousculé une alliance militaire habituée à des sommets policés et réglés comme du papier à musique.

Lors d’un petit-déjeuner avec le secrétaire général de l’Otan, Donald Trump s’en est pris au projet de gazoduc Nord Stream II, approuvé par le gouvernement allemand, et donc à la dépendance énergétique de Berlin à l’égard de Moscou. Il a reproché à l’Allemagne d’Angela Merkel de payer "des milliards de dollars" à la Russie pour son gaz tout en faisant dépendre sa sécurité des Etats-Unis dont le budget de défense correspond à environ 70 % des dépenses militaires des 29 alliés.

Un tête-à-tête avec Merkel

Médiatiquement, le timing était parfait. Le partage du fardeau ("burden sharing") était le premier sujet à l’ordre du jour du sommet avant le dîner au Cinquantenaire. Cibler l’Allemagne est aussi une façon de faire bouger les lignes car de nombreux pays européens attendent de voir ce que fera Berlin de ses investissements militaires avant d’aller éventuellement plus loin.

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Une fois la charge donnée, devant les télévisions américaines, M. Trump est apparu beaucoup plus accommodant. Après un tête-à-tête avec la chancelière allemande, il a souligné qu’il entretenait de "très bonnes relations" avec Mme Merkel.

L’équipement de l’armée allemande, dont ses avions Tornado et certains de ses blindés, est devenu vétuste. Pourtant Berlin ne devrait consacrer en 2018 que 14,13 % de ses dépenses militaires aux nouveaux équipements et à la recherche et développement. L’Otan place la barre limite à 20 % depuis le sommet qu’elle a tenu au pays de Galles en 2014.

Charles Michel et les élections

La Belgique fait encore moins bien - avec un taux de 8,20 %, dernier du classement - et son Premier ministre Charles Michel s’est une fois de plus engagé à faire plus, tout en soulignant que l’ensemble des alliés ont augmenté progressivement leurs dépenses et cela "avant que le président Trump n’arrive". Parlant en tant qu’hôte du sommet, il a souligné que "la sécurité n’a(vait) pas de prix, mais a(vait) un coût. Il a ajouté : nous devons assumer davantage nos responsabilités".

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A quelques jours du débat budgétaire 2019, le Premier ministre assure que tous les engagements pris par son gouvernement (achat de drones, de navires, de blindés, remplacement des F-16) sont couverts par "une procédure juridique" que le prochain gouvernement, issu des élections de 2019, pourra difficilement renier. Près de 9,4 milliards d’euros devraient être investis graduellement. La Belgique est avant-dernière dans le classement des pays respectant ou non la barre des 2 % du PIB, l’autre objectif fixé d’ici 2024 au pays de Galles.

Trump poursuit le pressing et propose 4 %

Lors de la première séance de travail, Donald Trump avait soumis l’idée de porter la barre à 4 %. "Trump est déjà à 4 % mais la plupart des pays ont répondu avec une seule phrase. On fait des efforts, on vise 2024", assure Jean Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères. "Commençons par les 2 %, nous avons du chemin à faire", a souri le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg. Imprévisible, M. Trump a ensuite tweeté qu’il fallait "immédiatement" aboutir aux 2 %.

Charles Michel a souligné devant la presse qu’il fallait faire la différence "entre la réalité et la perception, la communication" du président américain. La réalité est le déploiement d’un bataillon entier américain sur le continent européen et la hausse des dépenses des alliés dans le même temps.

Et de fait, à l’issue de la première journée, l’Otan publiait une "Déclaration sur la sécurité transatlantique et la solidarité", répétant les objectifs fixés au pays de Galles et l’engagement de soumettre un plan national annuel pour aboutir aux 2 %.

L’Otan a aussi donné le feu vert à des négociations d’adhésion avec la Macédoine, à une mission de formation des forces irakiennes, au déploiement de plus de formateurs des forces afghanes et au renforcement de sa coopération avec des pays comme la Tunisie et la Jordanie. Ce jeudi se déroulera en marge du sommet une réunion des pays de la coalition contre Daech.

Les alliés de l'Otan vont s'efforcer ce jeudi de calmer l'atmosphère électrique de la veille en se concentrant sur l'Afghanistan et l'Ukraine.

Les propos de Trump ont entraîné ce jeudi la convocation d'une réunion extraordinaire des 29 dirigeants alliés, dans un format très réduit (chef et un conseiller de son choix, soit format 1+1), a confié une source diplomatique à l'agence Belga.

Le président américain Donald Trump a assuré que "l'engagement américain auprès de l'Otan" était "fort", lors d'une conférence presse organisée in extremis lors du sommet de l'Alliance. 

Il s'est également dit extrêmement "satisfait" des efforts en dépenses de défense annoncés par les Alliés au terme d'une réunion extraordinaire entre les 29 pays membres de l'Otan. "Nous avons eu une excellente réunion aujourd'hui (sur la partage du fardeau). 

Ces deux journées ont été fantastiques. Cela n'a pas été facile, mais nous avons réussi à nous entendre", a lancé M. Trump face à la presse. "Le seuil de 2% du PIB en dépenses militaires est devenu un engagement réel. (Les Alliés) ont accepté de payer plus et plus rapidement", a -t-il indiqué.