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Pour les Brésiliens, le Mondial-2014 restera marqué à jamais par le traumatisme de l'humiliation suprême à domicile contre l'Allemagne (7-1), mais les dégâts vont bien au-delà de l'aspect sportif.

Stades inutilisés, chantiers d'infrastructures inachevés: des sommes astronomiques provenant des coffres publics sont parties en fumée.

Quand le pays le plus titré de la planète foot a été choisi pour accueillir la compétition, en 2007, les supporters rêvaient d'accrocher une sixième étoile sur leur maillot et les dirigeants avaient promis que les stades seraient largement financés par le privé.

À l'époque, le pays était en plein boom économique, affichant un visage conquérant qui lui a aussi permis d'obtenir deux ans plus tard l'organisation des Jeux olympiques de Rio-2016.

Au final, le constat est sans appel: le Mondial a coûté beaucoup plus cher que prévu, 27 milliards de réais (environ 11,5 milliards de dollars au taux de change de l'époque), contre 17 milliards annoncés initialement.

Des 8,3 milliards de réais (environ 3,4 milliards de dollars) consacrés à la construction des 12 stades, seuls 7% sont venus directement du privé.

Même si cette proportion passe à 17% si l'on prend en compte les emprunts de banques publiques censés être remboursés par des entreprises ou clubs de football qui ont pris part aux chantiers, la note reste extrêmement salée pour le contribuable.

Chantiers abandonnés 

"Les dépenses ont largement dépassé les prévisions, pour un nombre de réalisations bien inférieur à ce qui avait été promis", déplore Paulo Henrique Azevedo, responsable du Gesporte, groupe d'études sur la gestion des sports de l'Université de Brasilia (UnB).

"Dans de nombreuses villes, les projets d'infrastructures pour les transports en commun sont non seulement inachevés, mais ils ont été totalement abandonnés, même si des millions ont déjà été dépensés", ajoute-t-il.

Rénovations de routes, d'aéroports, projets de tramways... Des dizaines de chantiers n'ont jamais vu le jour.

Le journal Folha de S. Paulo a estimé que près de 2,5 millions de personnes auraient pu bénéficier de ces grands travaux.

Pendant les JO-2016, le maire de Rio de Janeiro Eduardo Paes avait déjà donné un carton jaune à l'héritage du Mondial-2014.

"La Coupe du monde a été marquée par des travaux inachevés, des stades trop grands et souvent devenus des +éléphants blancs+ et par une faible part d'investissement privé", avait-il lâché, promettant un tout autre scénario pour ses JO, même si aujourd'hui, les installations du parc olympique sont largement sous-utilisées.

Des 12 villes qui ont accueilli des matches du Mondial, Rio est la seule qui a conclu tous les travaux de transports prévus, étant donné qu'ils étaient inscrits dans le projet olympique. Mais la plupart ont vu le jour juste avant les Jeux et non au moment de la grand-messe du football.

Paulo Henrique Azevedo estime que le Brésil paie notamment le fait d'avoir choisi "de construire un nombre trop important de stades (12) pour des raisons politiques", histoire de contenter des dirigeants locaux.

Certains ont été bâtis dans des villes dépourvues d'équipes de haut niveau, comme Manaus, Cuiaba ou Brasilia, où l'affluence, sans surprise, est maigre.

Gueule de bois 

Sans compter les scandales de corruption qui ont émaillé des chantiers, pour la plupart surfacturés.

"Certains dirigeants peu scrupuleux ont profité de l'ampleur pharaonique de ces projets pour commettre une série d'actes illicites", souligne le professeur d'université.

Pour la rénovation du Maracana, stade mythique de Rio qui a accueilli la finale du Mondial, un rapport de la Cour des comptes locale a montré par exemple que le ciment a été facturé trois fois le prix du marché.

Dès 2012, l'ex-attaquant Romario, aujourd'hui sénateur, avait déjà prévenu que cette Coupe du monde serait "le plus grand vol de l'histoire".

Ce qui est sûr, c'est que la défaite subie face à l'Allemagne est la pire humiliation vécue par le football brésilien, une gueule de bois terrible dans un pays prêt à mettre au second plan toutes les polémiques en cas de sixième titre mondial à domicile.

"Dans l'imaginaire collectif, l'humiliation du 7-1 s'est superposée à toutes les erreurs que le Brésil avait commises dans l'organisation de ce Mondial" dénonce Rodrigo Mattos, journaliste sportif du site Uol, dans son ouvrage "Ladroes de Bola" ("Voleurs de ballon"), datant de 2016.

Tout n'est pas complètement à jeter. Malgré le psychodrame entourant les retards dans la construction des stades, le Mondial s'est déroulé sans fausse note, avec une ambiance festive qui a marqué les esprits.

Ce succès a aussi donné confiance au pays pour l'organisation des JO, elle aussi saluée de façon quasi-unanime.

Mais depuis, le Brésil a été plongé dans une récession historique et les retombées pour le tourisme ont été également plombées par une recrudescence de la violence. De quoi entacher encore plus l'héritage de ces grands événements sportifs.