Comment on vit en zone M23 : immobilisme et couvre-feu meurtrier

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International

"La Libre Belgique" est entrée en contact avec une personne ayant passé, au Nord-Kivu, plusieurs jours en zone contrôlée par le M23, la rébellion d’ex-insurgés congolais qui avaient été intégrés en 2009 dans l’armée nationale après des accords en partie respectés par Kinshasa.

"Ce qui frappe, c’est l’absence totale d’activités", note cette source, qui souligne que la zone contrôlée par le M23 est pourtant "très peuplée" (300 habitants au km2).

Dans la zone qu’il contrôle, "le M23 a imposé un couvre-feu dès 19 h et abat sans pitié toute personne qui circule entre cette heure et 6h du matin. C’est notamment terrible pour les femmes qui accouchent la nuit", indique la source.

"Le M23 est peu visible mais les populations qui n’ont pas fui la région se plaignent de nombreux vols, attaques à main armée, pillages". Parfois, les habitants tuent les voleurs qu’ils réussissent à désarmer. "Un pilleur", comme on dit au Congo, a ainsi "été brûlé vif par la population d’une petite localité exaspérée d’avoir subi toute une nuit de pillage, et cela à 200 mètres d’un poste de la Monusco", indique cette source.

La Monusco (Mission de l’Onu pour la stabilisation du Congo) est extrêmement critiquée dans la région pour son apathie à protéger les civils comme l’exige son mandat. "Les casques bleus présents dans quelques postes de la zone contrôlée par le M23 ne font RIEN", souligne notre source.

Elle a ainsi "refusé de ravitailler par air les gardes de l’ICCN" (Institut congolais de conservation de la nature) "encerclés par les FDLR" (groupe armé hutu rwandais, issu des génocidaires; l’offensive du M23 a en effet stimulé les activités des autres groupes armés) "à la station de Lulimbi". Cette station sert à la formation des gardes des parcs nationaux, notamment par d’anciens militaires belges. Lulimbi a déjà subi plusieurs attaques des FDLR et c’est sous leur feu que l’ICCN, dont ce n’est pas le métier, doit ravitailler par air la station assiégée puisque les casques bleus refusent de le faire.

"En trois jours dans cette zone et sur ses limites, je n’ai pas vu un seul casque bleu", poursuit notre source. Ceux-ci sont pourtant 17 500 au Congo, essentiellement dans les Kivu.

On nous signale également que les soldats de l’armée congolaise installés dans le parc des Virunga, à la station ICCN de la Rwindi , "ne sont pas nourris et doivent donc braconner les animaux" protégés "pour survivre". Le braconnage dans le Parc national a massivement repris. "Ils seraient 2 000 militaires congolais aujourd’hui à être privés de logistique et ce nombre a atteint 6 000 hommes il y a peu."

Les FDLR pratiquent aussi le braconnage d’hippopotames et d’éléphants. Selon une autre source, ce groupe armé occupe notamment la ville d’Ishasha, frontalière avec l’Ouganda, et le village-pêcherie de Niakakoma, au sud du lac Edouard, "prélèvant des impôts et recrutant des enfants-soldats".

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