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Condamné à deux ans de prison pour abus de pouvoir, l'ex-Premier ministre macédonien Nikola Gruevski a annoncé mardi avoir fui en Hongrie et y avoir demandé l'"asile politique".

Lundi, la justice macédonienne avait délivré un mandat d'arrêt contre M. Gruevski, 48 ans, qui ne s'était pas présenté en prison après sa condamnation. La police l'a recherché en vain, perquisitionnant notamment son domicile dans la nuit.

"Au cours des derniers jours, j'ai reçu de nombreuses menaces contre ma vie. Je suis maintenant à Budapest, où j'ai demandé l'asile politique aux autorités hongroises", a écrit Nikola Gruevski sur son compte Facebook.

Sollicité par l'AFP, le ministre macédonien de l'Intérieur Oliver Spasovski a confirmé la présence de M. Gruevski en Hongrie, sans plus de précision. Le ministère de l'Intérieur a indinqué dans un communiqué qu'il allait demander l'émission d'un mandat d'arrêt international à son encontre.

Budapest a de son côté refusé de confirmer ou démentir l'information. "Nous ne sommes pas en position de commenter les demandes d'asile en cours", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto de ce pays au droit d'asile très restrictif.

Nikola Gruevski a par le passé affiché sa proximité avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban. En 2017, celui-ci lui avait apporté son soutien public lors de la campagne des municipales, qui s'étaient soldées par une défaite de son parti VMRO-DPMNE face aux sociaux-démocrates au pouvoir.

"Je reste fidèle à la cause macédonienne. Je ne renoncerai pas", a écrit Nikola Gruevski, qui a réussi à quitter son pays alors même que son passeport lui avait été confisqué durant l'enquête. Il estime être la cible d'une persécution judiciaire motivée par des considérations politiques.

Série noire 

Ancien patron du VMRO-DPMNE (droite), Nikola Gruevski a dirigé son pays de 2006 à 2016. Il a été condamné en appel en octobre pour avoir reçu pour son usage personnel une Mercedes d'une valeur de 600.000 euros, payée sur les deniers publics.

Ce procès n'était que le premier de ce qui s'annonçait comme une série noire, puisqu'il est poursuivi dans cinq autres dossiers pour corruption, abus de pouvoir, fraude électorale, mais aussi écoutes illégales d'opposants ou de représentants de la société civile.

Son camp avait été évincé du pouvoir au printemps 2017 par une coalition menée par le social-démocrate Zoran Zaev, soutenue par les partis de la minorité albanaise.

Nikola Gruevski incarnait la ligne intransigeante de son pays dans son conflit avec la Grèce, qui exige que son petit voisin change de nom, afin de lever son veto à l'adhésion de la Macédoine à l'Otan et au processus de son adhésion à l'Union européenne.

Le Parlement macédonien a entamé en octobre un processus en vue de changer le nom du pays en "République de Macédoine du nord", un premier pas pour mettre fin à ce différend vieux de 25 ans.

Le VMRO-DPMNE apparaît désormais divisé sur la question, puisqu'une partie de ses élus ont décidé d'accepter de lancer ce processus.

"Nous n'avons aucune idée du lieu où se trouve le président honoraire et de ce qu'il fait", a déclaré le porte-parole du parti du VMRO-DPMNE Dimce Arsovski. "Personnellement, je l'ai vu il y a neuf ou dix mois et je ne sais pas quand l'actuel président (Hristijan) Mickoski lui a parlé pour la dernière fois".