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Le gouvernement a décidé d'élargir le mandat des F-16 engagés dans la lutte contre Daech à la Syrie, a annoncé vendredi le premier ministre Charles Michel. La Belgique répond ainsi favorablement à la demande exprimée dans le cadre de la coalition des pays qui combattent l'organisation terroriste. Un débat approfondi aura lieu au parlement, a assuré M. Michel. Le 1er juillet, les chasseurs-bombardiers belges doivent prendre le relais des appareils néerlandais basés en Jordanie. A la fin février, les Etats-Unis ont formellement demandé à la Belgique d'étendre son intervention limitée jusqu'à présent à l'Irak. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders et Steven Vandeput, n'ont jamais fait mystère de leur intention de répondre favorablement à cette demande. Le premier ministre a déjà indiqué de son côté que la "responsabilité" de la Belgique était "d'être solidaire dans des coalitions internationales pour assurer la sécurité chez nous et la stabilité aux frontières de l'Europe".

Les avions belges attaqueront les lignes d'approvisionnement de l'Etat islamique dans l'est de la Syrie. La décision belge constitue en partie un signal politique à l'égard de la coalition internationale, a confié M. Vandeput. Elle répond également à un objectif d'efficacité: l'organisation terroriste ne s'arrêtant pas aux frontières, elle doit pouvoir être combattue là où elle se trouve. D'autres pays ont d'ailleurs pris une telle décision, a fait remarquer M. Reynders: la France, les Pays Bas ou encore le Danemark.

La trentaine de militaires affectés à des missions de formation et d'appui qui opéraient depuis Bagdad, dans un camp sécurisé, iront désormais dans d'autres parties du pays, toujours dans des endroits sécurisés. Ils continueront à remplir leur mission en deuxième ligne et non sur le terrain des opérations.

D'un point de vue juridique, la Belgique fondera son mandat sur la résolution 2249 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, qui demande aux Etats d'éliminer le sanctuaire de Daech en Irak et en Syrie, et sur l'article 51 de la Charte des Nations-Unies consacrant le droit à la légitime défense collective.

"De nombreux autres pays que la Belgique ont considéré qu'il y avait un mandat des Nations Unies pour légitimer les interventions, à côté de l'article 51 de la Charte sur la notion de légitime défense collective", a souligné le premier ministre.

Il revient au gouvernement de prendre une telle décision, conformément à la Constitution, a laissé entendre M. Michel. Un débat large et approfondi aura toutefois lieu au parlement avant le déploiement des F-16.

Le premier ministre a insisté par ailleurs sur l'importance que la Belgique attachait aux "options" politique, diplomatique et de développement à côté de l'option militaire.


Les partis de gauche s'opposent, le cdH soutient mais pose des questions

Les partis de gauche au parlement se sont montrés très critiques sur la décision prise par le gouvernement d'étendre la mission des F-16 à la Syrie. Le PS déplore ainsi l'absence de cadre clair des Nations-Unies.

Les socialistes francophones estiment que tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour lutter contre Daech. Mais sans ce mandat onusien, aucune légitimité internationale ne peut être trouvée, estime le député Stéphane Crusnière, qui imagine mal que des frappes aériennes soient négociées avec "le régime meutrier d'Assad".

"Bombarder n'est vraiment pas la solution", a lancé le député Benoît Hellings (Ecolo).

Depuis plus de 10 ans, la communauté internationale se contente d'interventions militaires dans la région sans avoir apporté de la stabilité, ni rendu nos pays plus sûrs.

"La Belgique semble se lancer tête baissée dans ce qui sera perçu par les populations locales comme une sorte de croisade occidentale. N'avons-nous rien appris de l'Afghanistan", demandent les écologistes qui épinglent aussi l'absence de mandat de l'ONU.

Le PTB a dénoncé quant à lui la spirale de la violence que renforce cette décision. "Nous recevrons la guerre en pleine figure comme un boomerang. C'était le cas avec l'Afghanistan, la Libye et l'Irak, et ce sera le cas cette fois-ci", a prédit le président Peter Mertens.

Au centre, en revanche, le cdH affiche son soutien à une intervention en Syrie.

"Je soutiens l'idée qu'il faut éradiquer l'Etat Islamique vu la menace qu'il fait peser sur les populations de la région et sur les nôtres", a expliqué le député Georges Dallemagne qui a déposé une résolution sur le sujet il y a plusieurs semaines.

Les centristes posent toutefois des questions sur la stratégie politique et militaire qui sera suivie et sur la base légale du mandat. Ils regrettent aussi la façon dont la Belgique s'aligne une nouvelle fois sur les Pays Bas en matière de défense alors que le pays voisin ne semble pas faire beaucoup de cas de la concertation.

Tous les partis de l'opposition réclament l'organisation d'un débat à la Chambre dans les plus brefs délais.