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Vladimir Poutine a assuré mercredi voir "une vraie chance" de mettre fin au conflit qui ravage la Syrie depuis 2011, à l'ouverture d'un sommet avec ses homologues turc et iranien, avertissant cependant qu'un règlement exigerait des "concessions" de toutes les parties.

Avec cette rencontre organisée dans la station balnéaire russe de Sotchi (sud-ouest), le maître du Kremlin, principal soutien de Bachar al-Assad, veut préparer l'après-conflit alors que le régime, soutenu par l'armée russe, a repris une grande partie du territoire syrien aux rebelles et jihadistes.

"Une vraie chance de mettre fin à cette guerre civile datant de plusieurs années est apparue", a déclaré le président russe à l'ouverture de sommet avec Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani, qui se tient à quelques jours de nouveaux pourparlers à Genève sous l'égide de l'ONU, le 28 novembre.

"Il revient au peuple syrien de déterminer lui-même son avenir (...) Il est évident que le processus (...) ne sera pas simple et exigera des compromis et des concessions de tous les participants, y compris du gouvernement syrien", a-t-il souligné, ajoutant que Moscou, Téhéran et Ankara "entreprendront les efforts les plus actifs pour rendre ce travail le plus productif possible".

La Russie et l'Iran, alliés du régime de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles syriens, sont les parrains du processus d'Astana, la capitale kazakhe, qui a permis la mise en place de quatre "zones de désescalade" sur le territoire syrien.

Ces mesures ont permis d'abaisser la tension sur le terrain et de réunir autour d'une table des représentants du régime et de l'opposition pour parler de questions militaires, alors que les pourparlers politiques de Genève étaient au point mort. Moscou veut désormais trouver un relais politique à ce processus.

Le lancement de la campagne de frappes aériennes russes en septembre 2015 avait constitué un tournant dans cette guerre qui a fait plus de 330.000 morts et des millions de réfugiés en six ans.

Il a permis à l'armée syrienne de ravir au groupe jihadiste Etat islamique (EI) la cité antique de Palmyre, une victoire symbolique, puis de chasser les rebelles de leur bastion d'Alep, dans le nord. Dimanche soir, les forces du régime ont repris Boukamal aux jihadistes, leur dernier fief urbain en Syrie.

Eclatement 'évité'

"Grâce aux efforts de la Russie, de l'Iran et de la Turquie, nous avons pu éviter un éclatement de la Syrie, empêcher qu'elle se retrouve entre les mains des terroristes internationaux", a souligné M. Poutine à l'ouverture du sommet.

"Le résultat (d'Astana) est important mais il ne nous suffit pas. Nous devons apporter une contribution importante à une résolution politique" du conflit, a estimé M. Erdogan, selon la traduction de ses propos en russe. "Je pense que nous prendrons ici des décisions d'une importance critique", a-t-il avancé.

"Le rôle de la communauté internationale est d'aider le peuple syrien", a déclaré M. Rohani. "Il faut réduire les souffrances du peuple syrien pour permettre le retour des réfugiés".

Les trois chefs d'Etat doivent notamment discuter d'un éventuel "Congrès du dialogue national syrien" réunissant en Russie régime et opposition, une idée lancée fin octobre mais rejetée par l'opposition, attachée au processus de Genève.

Autre point d'achoppement auquel se sont heurtées toutes les initiatives pour trouver une issue politique: le sort de Bachar al-Assad, au pouvoir depuis 2000 et qui apparaît désormais en position de force.

Consacrant cette stature, Vladimir Poutine a reçu lundi le président syrien dans sa résidence à Sotchi, les photographes montrant les deux alliés se donner l'accolade. C'était sa première visite en Russie et à l'étranger depuis octobre 2015, juste après le lancement de l'intervention militaire russe qui lui avait permis de reprendre l'avantage.

Face à un président conforté par ses succès militaires, l'opposition syrienne tente d'unifier ses position. Ses principales factions ont entamé des négociations mercredi à Riyad en présence de l'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a annoncé son intention de se rendre à Moscou jeudi.

Poursuivant ses consultations mardi soir, Vladimir Poutine s'est entretenu par téléphone avec le roi Salmane d'Arabie saoudite, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et Donald Trump.