International La prison ne reçoit plus rien pour nourrir ses 300 prisonniers.

Depuis lundi, circulent sur les réseaux sociaux congolais des photos d’une quinzaine de corps exposés devant la prison de Kabaré, à une dizaine de kilomètres de Bukavu, au Sud-Kivu. Selon les auteurs des photos, ils seraient morts d’inanition. Le journal kivutien en ligne "La Prunelle" indique cependant que le ministère provincial de la Justice a assuré qu’il s’agissait de cas d’hypoglycémie aiguë, due à "un manque d’alimentation". Donc de presque-morts-de-faim dans une prison de la République.

Le cas est loin d’être isolé : cinq morts de faim début septembre à la prison de Dungu (Haut Uélé, au nord-est du pays); huit en juillet et trois en août à Tshikapa (Kasaï, sud).

La prison de Kabaré, où les détenus mourants ont été exposés par la direction "à la pitié des passants", selon le parti Démocratie chrétienne, avait été réhabilitée en 2013 par la Monusco (Mission de l’Onu au Congo). Les autorités sud-kivutiennes avaient alors donné l’ordre d’y transférer une partie des 1 300 détenus qui (sur)vivaient dans la prison de Bukavu, construite en 1946 pour 400 prisonniers.

Les détenus nourris par leur famille

Voilà des années que les détenus sont sous-nourris dans les prisons congolaises parce qu’une partie du budget prévu pour leur alimentation "s’évapore" avant d’arriver jusqu’à eux. Les familles doivent apporter de la nourriture, dont les gardiens prélèvent une partie pour leur compte. Les prisonniers qui n’ont pas de famille sur place dépendent de la générosité de leurs compagnons de cellule, ce qui diminue encore la ration alimentaire de chacun.

Or les prisons congolaises sont largement surpeuplées, notamment, selon les associations de défense des droits de l’homme, parce que de nombreux prisonniers s’y trouvent durant des années sans dossier judiciaire, sans avoir comparu devant un juge et, donc, sans espoir de sortie.

La situation s’est cependant aggravée ces derniers mois en raison de la situation économique du pays, en pleine dégradation en raison de la mauvaise gouvernance. Cela pousse les autorités à rogner sur tous les budgets, dont ceux des prisons.

Mutineries pour manger

De spectaculaires évasions - certaines organisées de l’extérieur, d’autres pas - ont émaillé les derniers mois. A la prison de Kabaré, le 13 février dernier, déjà, les détenus avaient ainsi tenté de se soulever pour exiger à manger. Le 15 mai, un prisonnier y était mort de faim et des sources proches de l’établissement, citées par une radio locale, indiquaient que celui-ci n’avait pas reçu d’aliments des autorités gouvernementales depuis un mois; ce sont des associations locales et des gens "de bonne volonté" qui fournissaient ce qu’ils pouvaient pour les quelque 300 détenus. L’établissement a été construit pour 120 prisonniers.

La ministre a le temps

Nouvelle mutinerie le 30 juin pour recevoir de la nourriture. Cinq jours (sans manger) plus tard, la ministre provinciale de la Justice Siuzike Basezage indiquait à Radio Okapi qu’il y avait eu une "tentative d’évasion mais, grâce à la sécurisation de la prison, personne n’a fui. Pour les vivres et non-vivres (NdlR : des médicaments), nous sommes en train de voir. Dans quelques semaines, nous irons à Kabaré pour voir comment on peut décanter cette situation".

Les détenus n’ont pas pu attendre : nouvelle tentative d’évasion le 18 juillet. Depuis lors, ils n’avaient apparemment plus la force de réclamer.