International

Le parti unique au pouvoir en Corée du Nord, l'impénétrable Parti des travailleurs, a brièvement entrouvert sa porte aux médias du monde entier lundi, tandis qu'il consacrait le pouvoir de son homme fort, Kim Jong-Un. Les journalistes étrangers conviés à couvrir le premier congrès du PTC depuis 36 ans n'avaient pu s'approcher jusqu'alors à moins de 200 mètres du Palais du 25 avril, où 3.400 délégués avaient commencé à se réunir vendredi.

Mais lundi, environ 130 reporters ont pu entrer dans la salle du congrès, il est vrai pour cinq minutes seulement.

Lors du précédent événement du genre en 1980, les médias avaient pu également pénétrer dans la salle mais ce type d'événement reste très rare dans un pays qui ne s'ouvre qu'avec parcimonie.

Des milliers d'hommes à l'air solennel, avec ici ou là quelques femmes en tenue sobre, étaient assis sur des rangées de sièges rouges, aux côtés de militaires à la poitrine recouverte de médailles.

Tandis que de la musique jaillissait des haut-parleurs, l'assistance s'est levée et a furieusement applaudi lorsque Kim Jong-Un, flanqué d'autres hauts responsables, a surgi sur la scène.

Le chef de l'Etat nord-coréen, Kim Yong-Nam, dont la fonction est largement honorifique, a alors annoncé une série de nominations au sein du parti, y compris l'octroi au jeune dirigeant de 33 ans d'un nouveau titre, celui de président.

Les journalistes ont été sortis au bout de cinq minutes mais les préparatifs à cette incursion avaient duré de longues heures.

La sécurité était très stricte. Les reporters ont été fouillés avec minutie. Les téléphones portables, et tout autre objet suspect, y compris des stylos à bille en métal, ont été confisqués momentanément. Les escabeaux de photographes étaient bannis.

Un hall de réception, orné de colonnes de marbre et de chandeliers, ainsi que de portraits des anciens dirigeants Kim Il-Sung et Kim Jong-Il, le grand-père et le père du dirigeant actuel, attendait la presse.

Avant d'entrer dans la salle du congrès, les medias ont été priés de s'abstenir de filmer ou de photographier les notes prises avec assiduité par les congressistes.

Le centre de Pyongyang est décoré pour l'occasion de drapeaux du parti et de son emblème, le marteau, la faucille et le pinceau, qui représentent les ouvriers, les paysans et les intellectuels.

Comme son grand-père et son père avant lui, Kim Jong-Un semble jouir d'une autorité incontestable. En tout cas, le congrès du parti n'est pas un lieu de débats.

D'après les analystes, cette réunion est de fait une consécration du pouvoir du jeune dirigeant, qui contrairement à son père, n'a eu que peu de temps à se préparer à sa succession.

Kim Jong-Un a pris le pouvoir en décembre 2011 à la suite du décès soudain de Kim Jong-Il.

Depuis, Kim Jong-Un oeuvre à consolider son pouvoir. Il s'est montré impitoyable envers tous ceux qu'il considérait comme déloyaux au sein du parti, du gouvernement et de la puissante armée. Il a également ordonné l'exécution de son oncle et ex-mentor, Jang Song-Thaek.

Dans un discours fleuve samedi, Kim Jong-Un a dit souhaiter améliorer les relations avec des nations jadis "hostiles", proposant d'ouvrir un dialogue militaire avec la Corée du Sud afin d'apaiser les tensions frontalières.


La Corée du Nord arrête et expulse un journaliste de la BBC

Un journaliste de la BBC dépêché en Corée du Nord a été arrêté, interrogé pendant huit heures et finalement expulsé pour son travail en amont du congrès du parti unique au pouvoir, a annoncé lundi le média britannique. Les journalistes étrangers invités à couvrir des événements en Corée du Nord sont soumis à des restrictions drastiques quant à leurs libertés de mouvement.

De nombreux journalistes se sont vus interdire de retourner en Corée du Nord, en raison de reportages jugés "inexacts" ou "irrespectueux" par le régime. Mais l'arrestation et l'expulsion d'un journaliste étranger est extrêmement rare.

Le reporter de la BBC, Rupert Wingfield-Hayes, s'apprêtait à monter dans un vol quittant Pyongyang vendredi avec deux autres employés de la BBC quand il a été arrêté, explique le média britannique.

Il a ensuite été interrogé pendant huit heures, vraisemblablement au sujet d'un de ses reportages qui mettait en doute l'authenticité d'un hôpital que son équipe avait visité.

"Il a été conduit dans un hôtel et interrogé par des agents de sécurité à Pyongyang avant de devoir signer une déclaration et d'être remis en liberté" samedi matin, a déclaré John Sudworth, un journaliste de la BBC couvrant le congrès exceptionnel du parti au pouvoir à Pyongyang, qui s'est ouvert vendredi.

M. Sudworth a précisé que la BBC avait initialement souhaité tenir secrète cette arrestation et cette décision d'expulsion, pour ne pas compromettre la sécurité de Rupert Wingfield-Hayes et celle de ses deux collègues, qui avaient refusé de quitter le pays vendredi quand il a été arrêté.

Mais cette arrestation a été annoncée lundi par la Commission nationale pour la paix de la Corée du Nord.

L'agence Chine Nouvelle, qui dispose d'un bureau à Pyongyang, a rapporté que cette Commission avait organisé une conférence de presse pour expliquer que le journaliste avait "attaqué le système de la RDPC (République populaire démocratique de Corée)" et fait du "journalisme non objectif".

L'équipe de la BBC a été conduite lundi à l'aéroport.


Cinquième essai nucléaire?

Proposition que le gouvernement sud-coréen a balayée comme étant de la propagande, en particulier la promesse nord-coréenne de "remplir fidèlement" ses engagements de non-prolifération.

"Il n'y a absolument aucune sincérité, lorsqu'on parle du besoin de discussions militaires (...) tout en se qualifiant d'Etat doté de l'arme nucléaire et en se livrant à des provocations nucléaires et balistiques", a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Moon Sang-Gyun.

A ses yeux, le congrès du PTC n'a fait que réaffirmer l'intention de la Corée du Nord de continuer à développer son arsenal nucléaire. Séoul va continuer à lutte contre cet objectif à coups de pressions et de sanctions, a-t-il dit.

La Corée du Nord a mené quatre essais nucléaires, dont deux sous le règne de Kim Jong-Un.

Le Nord a affirmé que son dernier essai, le 6 janvier, concernait une bombe à hydrogène, bien plus puissante que la bombe atomique ordinaire, mais les spécialistes ont mis en doute cette affirmation en raison de la faiblesse de l'énergie dégagée.

L'inquiétude plane sur les risques d'un cinquième essai nucléaire.

Kim Jong-Un n'était pas né lors du dernier congrès en 1980. Celui-ci avait été organisé pour désigner Kim Jong-Il, son père, comme successeur de son propre père, Kim Il-Sung, fondateur d'un règne dynastique qui dure depuis près de 70 ans.

A son arrivée au pouvoir en décembre 2011, le jeune dirigeant a rapidement voulu marquer le pouvoir de son empreinte.

Une de ses premières décisions fut de tourner la page de la stratégie "songun" (l'armée d'abord) de son père, au profit du "byungjin".

Le volet nucléaire de cette stratégie a largement dominé dans les mois qui ont précédé le congrès, entre quatrième essai nucléaire, tir de fusée et lancements de missiles divers.

Certains analystes avaient prédit que le congrès pourrait être l'occasion de mettre l'accent sur le volet économique. De fait, M. Kim a annoncé un plan quinquennal. Mais il n'a donné que peu de précisions sur la façon d'y parvenir.

Parallèlement, un journaliste de la BBC en mission à Pyongyang a été arrêté et interrogé pendant huit heures vendredi en raison de son travail en amont du congrès, avant d'être expulsé, selon le media britannique.