International Le retour de Belges se ralentit. En cause : la pression énorme sur le champ de bataille.

Une véritable course contre la montre est engagée pour empêcher les djihadistes de l’Etat islamique (EI) de s’exfiltrer vers l’Europe pour y commettre - éventuellement- des attentats. La frontière turque est fermée. Mossoul est tombée. La ville de Raqqa, le fief de Daech en Syrie, est encerclée, libérée à 45 % par les Forces démocratiques syriennes (SDF). Les avions de la coalition ciblent les responsables des opérations extérieures de Daech. Mais il est toujours possible que l’un ou l’autre parvienne à franchir clandestinement la frontière.

L’un d’eux, surnommé Abou Omar al-Belgiki, a réussi à s’échapper de Mossoul. Placé sur une liste d’Interpol, le Belgo-Marocain de 24 ans est activement recherché en Europe et en Belgique. Il aurait rejoint les rangs de l’Etat islamique en octobre 2015 et a adopté le même kunya (nom de combattant) que le Molenbeekois Abdelhamid Abaaoud.

Mais le cas d’al-Belgiki semble assez isolé, estiment plusieurs sources, assez confiantes.

"Avant toute opération militaire, nous avons cerné l’ennemi pour que les "foreign fighters" en particulier ne puissent pas s’échapper. Nous voulons faire en sorte aucun d’eux ne puisse sortir de Syrie et d’Irak", a dit le 4 août Brett McGurk, envoyé américain auprès de la coalition internationale. "Depuis que la frontière turque a été fermée, les combattants de l’EI ne rentrent pas et ne sortent pas. Mais je ne peux garantir qu’un ou deux ne trouvent pas des chemins de contrebande".

Certains djihadistes belges - "pas beaucoup", souligne une source proche du renseignement belge - ont été arrêtés par les forces turques. La difficulté est de faire le tri entre les opérationnels et ceux qui cherchent simplement à fuir la déroute du califat. "Dans chaque cas, ce sont des gens qui disent qu’ils en ont marre. Il n’y a pas, à première vue, des opérationnels" comme Omar al-Belgiki, candidat kamikaze de l’EI, dit cette source.

Les autorités turques affirment que 3 840 combattants étrangers ont été arrêtés à la frontière sur le chemin du retour entre 2011 et la mi-juin 2017.

Peu de retours de Belges

Plusieurs familles belges tentent de revenir mais sont bloquées dans l’espace de plus en plus réduit du califat. En Irak, Daech ne contrôle plus que 3 à 5 % du territoire.

Certains individus ou familles sont déjà revenus en Belgique, selon les autorités, sous surveillance ou en prison. Ils étaient 121 en juillet, nous indique l’Ocam. Ce chiffre n’a pas varié depuis quatre mois, ce qui laisse penser que les retours sont de plus en plus difficiles.

Car l’armée irakienne, les SDF et la coalition internationale ne font pas de cadeaux aux djihadistes. Les bombardements sont intenses (il y a eu 25 frappes à Raqqa, lundi). Les djihadistes, prêts à mourir avec leurs engins kamikaze, sont tués sans état d’âme. D’autres ont été arrêtés. Près de 2 000 djihadistes seraient retranchés à Raqqa, mêlés à une population de 25 000 habitants selon les Nations unies.

La coalition a annoncé le 3 août qu’une frappe en juillet près d’Abou Kamal en Syrie avait tué deux responsables des opérations extérieures de Daech, Abd al-Ghafur, et Abou Hammam. Ceux-ci avaient pour objectif d’organiser des attentats au Moyen-Orient et dans les pays occidentaux.

19 000 noms dans la banque de données

En reprenant progressivement du territoire à Daech, l’armée irakienne et la coalition arabo-kurde des SDF récupèrent des documents et téléphones portables de l’Etat islamique. En les compilant, les Etats-Unis ont établi une banque de données de presque 19 000 noms de combattants étrangers "qui se trouvent tous dans la banque d’Interpol de telle façon que chaque membre d’Interpol, chaque membre de la coalition puisse y avoir accès", a indiqué Brett McGurk.

Les services de renseignement ont donc bon espoir que les djihadistes ne soient pas capables de mener des attentats en Europe. Mais ils restent prudents. L’annonce récente de la mort à Mossoul du Verviétois Tarik Jadaoun, qui promettait en 2015 de "détruire la Belgique", peut aussi être interprétée comme un subterfuge de l’EI pour le soustraire à la vigilance internationale. Les réseaux sociaux ont plusieurs fois annoncé la mort de combattants qui sont réapparus quelques mois plus tard.