Couvre-feu à Rangoon

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International Correspondance particulière à Bangkok

Après plusieurs jours d'attentisme depuis le début des manifestations de bonzes le 18 septembre, le régime militaire entre en action. Et tous les signes pointent dans le sens d'une prochaine répression des cortèges mêlant moines bouddhistes et laïques qui ont sillonné quotidiennement l'ancienne capitale Rangoon et les autres grandes villes du pays.

Dans la matinée, des camions militaires ont parcouru la ville en diffusant un appel par hauts-parleurs interdisant aux habitants de se joindre aux manifestations. "Les gens ne doivent pas encourager ou prendre part aux marches. Des mesures seront prises contre ceux qui violent cet ordre", indiquait le message.

Quid d'Aung San Suu Kyi ?

Dans le même temps, les quinze généraux qui composent le Conseil d'Etat de la paix et du développement - appellation officielle de la junte - étaient réunis à Naypyidaw, la nouvelle capitale, pour décider de la façon de réagir face au défi lancé par les bonzes.

Autre signe d'une répression imminente : le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi aurait été déplacée de sa résidence, où elle est assignée depuis quatre ans, pour la prison d'Insein dans le nord de Rangoon. Une information toutefois démentie par un porte-parole de la junte. Samedi, l'icône du mouvement pro-démocratique était sortie pour la première fois de chez elle depuis quatre ans pour saluer respectueusement les moines bouddhistes.

Malgré ces avertissements, un cortège de 100000 personnes, bonzes et laïques, a marché de la pagode Shwedaggon, le site bouddhiste le plus vénéré du pays, à la pagode Sulé dans le centre-ville. Comme tous les jours depuis une semaine, les bonzes portaient des illustrations du Bouddha ainsi que des bols à aumônes renversés (symbole du boycottage des offrandes faites par les militaires) et brandissaient des drapeaux.

Aucune présence militaire n'était visible et les policiers en civil se sont contentés de filmer et de photographier les manifestants. Après la dispersion de la foule, des centaines de militaires et des policiers anti-émeutes, dotés de boucliers, de matraques et d'armes à feu, se sont postés près de la pagode Botataung, autour de la pagode Sulé et face à la mairie de Rangoon, là même où avait eu lieu l'un des plus grands massacres lors de la révolte de l'été 1988.

Mardi soir, des habitants ont fait état de l'instauration d'un couvre-feu à Rangoon. Le couvre-feu de 21 heures à 5 heures et l'interdiction de tout rassemblement de plus de cinq personnes ont été annoncés par hauts-parleurs par des militaires circulant dans les rues de Rangoon et Mandalay, selon ces témoins. Ces mesures seront appliquées pendant 60 jours, ont-ils précisé.

Fortes pressions

C'est la première fois depuis le début des manifestations contre la vie chère, le 19 août, que des militaires sont déployés dans Rangoon. Autant de signes avant-coureurs qui rappellent le prélude au massacre du 18 septembre 1988, lorsqu'un groupe de généraux avaient saisi le pouvoir en faisant tirer dans la foule. Il reste à voir si les jeunes bonzes, sous forte pression de la hiérarchie pour rentrer dans les pagodes, vont poursuivre la mobilisation.

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