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Le vol 4U 9525 débute comme n'importe quel autre, avec des échanges banals entre un commandant de bord et son copilote. A la faveur d'une sortie du cockpit du pilote, il tourne au drame sous l'impulsion du jeune copilote, Andreas Lubitz.

Jeudi, Brice Robin, procureur en charge de l'enquête jucidiaire en France, se basant sur les enregistrements des sons dans le cockpit, a fait le récit des dernières minutes du vol de la compagnie allemande Germanwings, reliant Barcelone (Espagne) à Düsseldorf (Allemagne).

"Durant les vingt premières minutes du vol, les deux pilotes échangent de façon tout à fait normale, et même de façon courtoise et enjouée, comme deux pilotes au cours d'un vol". "Il ne se passe rien d'anormal".

L'avion atteint son altitude et sa vitesse de croisière sans problème particulier. Un dernier contact est tenu avec les contrôleurs aériens alors que l'appareil pénètre dans l'espace aérien français.

Sur les enregistrements, "on entend ensuite le commandant de bord préparer le briefing de l'atterrissage à Dusseldorf. Les réponses du copilote semblent laconiques", relate le procureur.

Agé de 28 ans, Andreas Lubitz, de nationalité allemande, présente sur une photo diffusée sur les réseaux sociaux un visage avenant. Engagé en septembre 2013, il compte 630 heures de vol.

"Puis on entend le commandant de bord demander au copilote de prendre les commandes, et on entend à la fois le bruit d'un siège qui recule puis le bruit d'une porte qui se ferme. On peut légitimement penser qu'il s'est absenté, vraisemblablement pour satisfaire un besoin naturel".

"A ce moment-là le copilote est seul aux commandes. C'est alors qu'il est seul, qu'il manipule les boutons du +flight monitoring system+, pour actionner la descente de l'appareil" qui va durer huit minutes jusqu'au crash.

Comme la justice française, la compagnie low-cost Germanwings et Lufthansa, sa maison-mère, ont mis en cause le copilote dans l'origine de la catastrophe. Il "a verrouillé" la porte du cockpit, ont noté ces sources allemandes.

Dans l'avion, "l'action sur (le) sélectionneur d'altitude ne peut être que volontaire", a abondé le procureur français.

"On entend plusieurs appels du commandant de bord demandant l'accès à la cabine de pilotage, par l'intermédiaire de ce qu'on appelle l'appel cabine, c'est-à-dire un interphone avec une visio. Il s'est identifié, mais aucune réponse du copilote. Il a tapé pour se manifester, toujours aucune réponse".

"On entend à ce moment-là un bruit de respiration humaine à l'intérieur de la cabine. Ce bruit dure jusqu'à l'impact final, ce qui veut dire que le copilote était vivant", précise le procureur.

Lorsque les contrôleurs aériens français s'aperçoivent que l'Airbus A320 change d'altitude en entamant une descente, sans modifier sa trajectoire rectiligne, ils tentent à plusieurs reprises de contacter l'appareil. Ils demandent à l'avion de faire le code de détresse, le 7700, mais ne reçoivent "aucune réponse du copilote".

A l'approche du sol, les alarmes se déclenchent, parfaitement audibles sur la bande magnétique de la boite noire. "A ce moment-là, on entend des coups, portés violemment comme pour enfoncer la porte. C'est une porte blindée, selon les normes internationales", indique Brice Robin.

"Juste avant l'impact final, on entend ce qui peut être vraisemblablement le bruit d'un premier impact sur un talus. L'avion a vraisemblablement glissé sur une pente avant de percuter, à plus de 700 km/heure, la montagne. Aucun message de détresse ou d'urgence n'a été reçu par les contrôleurs aériens. Aucune réponse n'a été apportée à leurs nombreux messages".

Selon le procureur, ce n'est que quelques secondes avant l'impact que les 149 autres personnes à bord de l'appareil, originaires d'une vingtaine de pays et parmi lesquelles figuraient deux bébés et 16 lycéens allemands revenant d'un séjour linguistique en Espagne, s'aperçoivent qu'elles vont s'écraser.

Dans l'avion, juste avant qu'il ne percute de plein fouet les roches noires des Alpes du sud, les premiers cris de terreur résonnent.

Pour la justice française, les dernières minutes du vol 4U 9525 ne peuvent s'analyser que "comme une volonté (du copilote) de détruire cet avion".