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L'”Eglise de Scientologie” s'est fait un ennemi “virtuel” qui a pris corps ce 10 février. Retour sur le phénomène “Anonymous”.


"We are Anonymous.
We are Legion.
We do not forgive.
We do not forget.
Expect us."

Les nuages passent à une vitesse folle dans le ciel d'une vidéo de Youtube. La voix est robotique. Elle scande, monocorde, une déclaration de guerre: “Anonymous a décidé que votre organisation devait être détruite. Pour le bien de vos adeptes, pour le bien de l'humanité – pour rire ­ , nous vous expulserons d'Internet et démantèlerons méthodiquement l'Eglise de Scientologie dans sa forme actuelle.”

Avec cette vidéo postée fin janvier sur Youtube, “Anonymous”, un groupe international de hackers, entendait réagir aux pressions exercées par l'Eglise de Scientologie pour censurer le clip circulant sur le Net, celui de Tom Cruise faisant avec force conviction l'apologie de sa “religion”. Cette vidéo de l'acteur était, selon les scientologues, à usage interne.

L'Eglise de Scientologie a dans un premier temps réussi à faire supprimer le clip, avant que des internautes ne la réinjectent dans différents sites de partage de vidéos. D'origine américaine, Anonymous n'avait alors surtout connu la célébrité qu'en tant que vandales du Net (voir le reportage de Fox News).

Ces “cyberterroristes”, comme les nomment les scientologues, se présentent dorénavant sur leur site belge comme “un énorme collectif comprenant des milliers d'individus à travers le monde unis par leur conscience que quelqu'un doit faire les choses justes, que quelqu'un doit amener la lumière dans les ténèbres, que quelqu'un doit ouvrir les yeux d'un public qui s'est assoupi depuis bien trop longtemps”.

Selon leur “Project Chanology”, l'action des Anonymous comporte trois phases. Le “hacking”. Fin janvier, ces cyberactivistes ont coordonné des attaques “DDoS” (denial of service). Pour rendre indisponibles les sites de l'Eglise de Scientologie, les Anonymous ont surchargé de demandes ces sites Web et, par conséquent, les machines les hébergeant (les serveurs). Les scientologues ont dû déplacer leurs sites pour s'assurer d'une présence continue sur le Internet. Une belle somme de documents informatiques (rapports, revues, dictionnaire et leçons) aurait également été dérobés et mis en ligne. Enfin, durant quelques jours, en interrogeant Google au sujet de “dangerous cult”, la première occurrence rencontrée aura été l'Eglise de Scientologie, et ce grâce à un “bombardement Google”. Le tour de passe-passe tient en une création massive de lien hypertexte “dangerous cult” redirigeant vers le site de la Scientologie.

Le “pranking”. Il s'agit de faire des “farces”: décharger les cartouches d'encre avec de nombreux fax de pages noires, faire des blagues téléphoniques, leur envoyer des livreurs de pizza, des prostituées...

Les manifestations. Une deuxième vidéo postée sur Youtube proposait un rendez-vous à tous le 10 février dernier devant les sièges de l'Eglise de Scientologie pour “se rejoindre (à eux) dans un acte de solidarité (...) porter haut la bannière de la liberté d'expression, des Droits de l'Homme, de la famille et de la liberté.”

Des manifestations se sont déroulées aux quatre coins du monde : Etats-Unis, Australie, Japon, Allemagne, Danemark, Royaume-Uni... En comités plus ou moins restreints, les Anonymous, arborant le sourire du protagoniste du roman graphique et film “V pour Vendetta”, ont protesté pacifiquement. A Bruxelles, de vingt à trente personnes protestaient devant le bâtiment de l'Eglise de Scientologie rue de la Loi. De nombreuses vidéos des manifestants ornent les galeries de Youtube.

Les Anonymous promettent de nouvelles manifestations festives devant ces même lieux pour le 15 mars. Gâteaux et cotillons ne manqueront pas pour l'anniversaire du fondateur de l'Eglise de la Scientologie, L. Ron Hubbard, décédé en 1986.

Cyberterroristes ou cyberactivistes, Anonymous s'est en tous cas choisi un adversaire de taille, une oganisation puissante évoquée comme “sectaire” lors des travaux de la commission parlementaire belge sur les sectes (1997). Par ailleurs, la Scientologie est dans le collimateur de la justice belge. Douze personnes physiques et deux personnes morales ("l'Eglise de Scientologie de Belgique" et le "Bureau des droits de l'homme de l'Eglise de Scientologie") ont été inculpées par le parquet fédéral pour extorsion, escroquerie, exercice illégal de la médecine, entrave à la pratique de la médecine, non-assistance à personne en danger, infractions à la loi sur le commerce (pratiques malhonnêtes, clauses contractuelles abusives), infractions à la loi sur le respect de la vie privée, association de malfaiteurs et, enfin, organisation criminelle.