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Fin décembre, via un de ses organes de communication, l'Etat islamique appelait ses partisans à frapper la Belgique. Ces messages ainsi que les informations concernant la possible disparition prochaine de Daech posent certaines questions.

Christophe Lamfalussy, grand reporter, spécialiste du terrorisme au sein de la rédaction de La Libre Belgique et co-auteur du livre "Molenbeek-sur-Djihad", livre son analyse.

Quelle importance faut-il donner aux menaces lancées par l'Etat islamique qui a appelé à frapper la Belgique ?

C'est difficile de juger de l'importance de chaque menace dans la mesure où il y en a eu beaucoup. On pourrait très bien imaginer quelqu'un derrière son ordinateur utilisant un réseau crypté pour faire passer tous les messages qu'il veut.

Nous pouvons cependant avancer trois menaces concernant notre pays. La première concerne les gens qui reviennent des fronts irakien et syrien et qui pourraient vouloir commettre un attentat (on estime qu'il y a à peu près 150 Belges qui sont en Irak, en Syrie et en Turquie). 

La deuxième menace est qu'à travers tous ces messages lancés sur le Net par l'organisation, comme celui de la fin décembre 2017, des loups solitaires se mobilisent en Belgique ou en Europe. 

Enfin, la présence d'islamistes dans les prisons belges inquiète. La loi fait qu'on ne peut condamner que pour une durée maximale de 5 ans quelqu'un pour "appartenance à un groupe terroriste". Ces gens-là se retrouvent donc pendant 5 ans dans un milieu qui pourrait les radicaliser encore plus.

Dans quel état de forme se trouve Daech en ce moment ?

Il faut toujours voir cela à partir de deux niveaux. Au niveau du Moyen-Orient, en Irak et en Syrie tout d'abord : Daech est en recul très net et même en quasi disparition. Le Premier ministre irakien a déclaré que Daech a été défait militairement. Des risques d'attentats existent cependant. En Syrie, quelques poches survivent dans la région de Hama, au Sud de la Syrie proche de la frontière jordanienne ainsi que du côté de la frontière irakienne. Dans ce pays, l'Etat est complètement morcelé et d'autres groupes militaires sont présents : les Kurdes au Nord, les forces démocratiques syriennes ainsi que toute une série de factions dont certaines sont très radicales...

A côté de cela, on retrouve des gens qui se battaient en Syrie et en Irak mais qui sont morts. D'autres personnes sont revenues dans leur pays d'origine. Enfin, certains se sont déplacés dans une autre zone de conflit, notamment l'Afghanistan et restent dangereux.

Est-il possible de dire quand l'Etat islamique aura complètement disparu ?

Il y a deux écoles qui s'affrontent sur cette question : certains disent qu'à cause de la défaite militaire sur le terrain, Daech va disparaître. D'autres affirment que Daech va rester de façon virtuelle, comme une sorte d'idéologie présente sur le Net qui va tenter de mobiliser certains exaltés ici et là. J'ai l'impression que Daech va s'épuiser progressivement. 

Ce qu'il leur reste est un territoire virtuel ainsi que des conflits locaux sur lesquels ils peuvent se greffer. Daech est devenu comme une marque de fabrique. Puisque Daech avait un califat, des personnes se sont en effet revendiquées de Daech, comme Boko Haram au Nigéria. Est-ce que la marque de fabrique va disparaître ? Je ne sais pas. Est-ce qu'elle va prendre un autre nom ? Pourquoi pas. L'important est de savoir ce que va subsister de cette idée de djihad global, de la guerre contre ce qu'ils appellent les mécréants.