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"Nous voulons rendre le Danemark moins attrayant aux réfugiés." Cette phrase revient comme un leitmotiv dans l’esprit de la ministre danoise de l’Intégration, Inger Stoejberg, depuis la campagne pour les législatives de juin dernier et sa nomination à ce poste dans le gouvernement libéral début juillet.

Elle est allée vite en besogne, appliquant à la lettre les promesses électorales de son parti en lançant une série de mesures restrictives pour freiner l’afflux des demandeurs d’asile qui ont presque quadruplé en quatre ans lors du règne de la gauche (2011-2015). La dernière en date est l’annonce d’une campagne dans les médias internationaux ciblée sur les passeurs pour les informer que le Danemark n’est pas un paradis social, qu’il a réduit de moitié ses allocations aux réfugiés et qu’il compte serrer encore plus la vis.

Tableau comparatif

Jeudi, le quotidien conservateur "Jyllands-Posten" révélait que les passeurs aidaient les clandestins à l’aide d’un tableau comparatif détaillé des pays européens où ils peuvent obtenir les meilleures aides et bénéficier le plus rapidement du statut d’asile et du regroupement familial. Frontex (l’agence européenne pour la sécurité et les frontières externes) "p ense que ce type d’informations circule sur Internet et il n’y a aucun doute que beaucoup de réfugiés sont très bien informés sur les pays où ils souhaitent s’installer", a déclaré vendredi la ministre à la chaîne publique DR Nyheder.

C’est pourquoi elle prépare une campagne dans des pays comme la Turquie et dans d’autres lieux de démarchage des passeurs pour informer "précisément" sur les règles d’asile restrictives au Danemark. Cette initiative survient une semaine après celle du Parti du peuple danois (populiste et eurosceptique), allié parlementaire incontournable du gouvernement, qui préconisait une campagne du style de celle de l’Australie où un général de l’armée mettait en garde, dans une vidéo, les boat-people de venir vivre dans son pays.

Mais la campagne de Mme Stoejberg a semé la zizanie au sein même de son parti. Certes, si le groupe parlementaire libéral la soutient, l’eurodéputé Jens Rohde et des élus locaux s’inquiètent de la forteresse Danemark qui se construit sous leurs yeux. "La ministre ferait bien d’aller sur le terrain voir la situation en Syrie, en Libye, en Grèce et dans les camps de réfugiés", selon M. Rohde.

Enfants gâtés et petits d’esprit

Dans l’opposition, la porte-parole du Parti radical pour les questions d’immigration, Zenia Stampe, s’insurge sur les réseaux sociaux, ne croyant pas qu’une telle campagne réduira le nombre de demandeurs d’asile. "En revanche, les Européens humanistes vont se demander ce qui se passe dans la tête des Danois connus pour leur tolérance et leur solidarité avec les pauvres. Pourquoi se comportent-ils soudainement en enfants gâtés, en égoïstes et petits d’esprit?"