International Le royaume refuse de présenter ses excuses aux descendants des esclaves de ses anciennes colonies.   

Ni repentance, ni excuses, le Danemark refuse toujours de présenter des excuses aux descendants des esclaves de ses trois anciennes colonies des Antilles, les îles Vierges, vendues il y a cent ans aux Etats-Unis pour 25 millions de dollars.

Le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen a annoncé ce vendredi qu’il se rendrait le 31 mars aux Iles Vierges qui "représentent une partie importante de l’histoire du Danemark". "Je souhaite par ma participation au 100e anniversaire de la cession de ces îles aux Etats-Unis, aller à la rencontre de leurs populations et leurs élus, et leur montrer notre respect", mais sans aller jusqu’à leur présenter des excuses. Dans son discours du Nouvel An, le Premier ministre danois avait déjà reconnu le passé esclavagiste peu glorieux de ses ancêtres. "Le Danemark n’a pas toujours été parfait. En cédant ces territoires, le royaume a mis un terme à un chapitre cruel de notre histoire", a-t-il souligné, rappelant que "beaucoup de nos palais et belles demeures à Copenhague ont été bâtis avec l’argent gagné avec le sang et les larmes des esclaves et de leur exploitation de l’autre côté du monde".

Des châtiments terribles

Les descendants des esclaves qui réclament depuis des décennies des excuses, devront encore attendre. C’est en 1673 que le Danemark a introduit les premiers esclaves d’Afrique à St-Jean, St-Thomas et Ste-Croix pour travailler dans les plantations de canne à sucre avant d’abolir l’esclavage 167 ans plus tard, en 1848. Les descendants des esclaves n’ont pas oublié les souvenirs de ce passé douloureux relayés de génération en génération dans ces îles paradisiaques, qui furent un enfer, selon des témoignages français après la révolte des esclaves matée dans le sang, à St-Jean en 1733. On pouvait y lire le châtiment réservé aux mutins : "un a été brûlé lentement jusqu’à la mort, un autre coupé en deux et un troisième empalé. Deux femmes ont été décapitées et les mains tranchées après avoir été torturées".

Les colons de sa majesté n’étaient donc pas plus humains que les autres. "Les Danois étaient brutaux. Les esclaves étaient mutilés s’ils tentaient de s’échapper. Ils travaillaient durement et mouraient en moyenne au bout de 4 à 5 ans et remplacés par de nouveaux d’Afrique", confiait le juriste noir Wayne James de Ste-Croix en 1998 à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans ces îles. Fondateur d’une ONG basée à Washington, "The Homeward Bound Foundation" qui œuvre pour que les anciens pays colonisateurs européens présentent des excuses et offrent des compensations aux descendants des esclaves. Il affirme ainsi que "le Danemark doit s’excuser ou regretter son passé esclavagiste pour des raisons morales […] et octroyer des compensations financières aux descendants marqués psychologiquement par les souffrances de leurs ancêtres (21 900 au dernier recensement de 1846)". Un autre descendant, Shelley Moorhead de l’organisation des Droits de l’homme, African-Caribbean Reparations and Resettlement (Acrra), exige aussi des excuses pour ces 250 ans de colonisation danoise marqués par plus d’un siècle et demi d’esclavage. "Le Danemark nous a laissés analphabètes, malades et très pauvres en vendant ces îles tombées en ruines aux Etats-Unis pour une bouchée de pain", constate-t-il. "L’esclavage est un crime contre l’humanité et les blessures qu’il a provoquées aux îles Vierges ne seront pas cicatrisées tant que le Danemark ne l’aura pas reconnu", soulignait-il en 2013 au quotidien danois "Politiken".

Des fonds mais pas d’excuses

La population danoise, elle, est prête à accepter ce repentir. 49,3 % des personnes interrogées en décembre dernier estiment que le Danemark doit faire des excuses officielles, 36,4 % y sont opposés et 14,3 % sans opinion. Mais quasiment la plupart des partis (à part l’extrême gauche) rejettent toute idée de repentance. "C’est bien loin dans le temps. Devons-nous aussi nous excuser pour les invasions des Vikings en Europe", s’interroge, avec une pointe d’ironie, Michael Astrup Jensen, porte-parole du parti libéral au pouvoir. Et la ministre de la Culture de la coalition tripartite, Mette Bock, interrogée par "La Libre", rappelle "l’importance de ne pas oublier notre histoire et nos racines et aussi des actes dont nous sommes moins fiers. Nous devons admettre que le Danemark n’est pas meilleur que les autres pays qui ont participé à ce commerce horrible des esclaves". "Oui c’était un chapitre honteux", de l’histoire du royaume, reconnaît-elle, tout en réitérant la position officielle : point d’excuses. "Sincèrement, je ne vois pas en quoi et qui ça peut aider de s’excuser pour des faits qui se sont passés il y a 150 ans", pense-t-elle, en soulignant avoir "octroyé des fonds à des projets sur l’histoire de l’esclavage à l’occasion du centième anniversaire de la vente des îles Vierges".