International Dans un enregistrement réalisé par lui-même en novembre, le théologien, mis en examen depuis pour deux viols, dénonce un «lynchage médiatique».

Son existence était connue depuis une dizaine de jours. Mais c’est seulement ce mercredi matin qu’une vidéo, tournée par Tariq Ramadan lui-même le 27 novembre, a été mise en ligne par le site communautaire Le Muslim Post. Elle remonte au début de l’enquête préliminaire ouverte après le dépôt de deux plaintes contre lui. «Je suis totalement innocent de ce dont on m’accuse», clame le théologien musulman, mis en examen et incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis depuis début février pour deux viols. C’est la première fois que l’on entend le prédicateur commenter longuement les accusations portées à son encontre. «Je suis l’objet d’une campagne médiatique – on pourrait dire d’un lynchage médiatique – en France avec les dommages collatéraux de la Belgique et la Suisse romande. On m’accuse des pires agissements. En fait, on m’accuse de crimes, puisqu’il s’agit de viols»,commente-t-il, assez tendu.

«Je suis le diable»

Au début de la vidéo, on voit Tariq Ramadan mettre en route l’enregistrement, un plan séquence d’une dizaine de minutes tourné avec son smartphone. «Rien n’a été remonté», assure à nos confrères de Libération le directeur de la rédaction du Muslim Post, Frédéric Geldhof. «L’enregistrement a eu lieu dans sa maison à Londres», précise par ailleurs la personne qui a fourni la vidéo au site communautaire. Après son tournage, l’enregistrement a été confié à une personne de son entourage. Pendant l’enquête préliminaire, qui a duré trois mois, le théologien ne s’était pas publiquement exprimé sur les accusations de viols.

Dans la vidéo, le théologien se dit serein et exprime sa confiance «dans l’évolution des investigations». Réfutant la thèse du complot, Ramadan évoque cependant une sorte de cabale montée contre lui, notamment par le politologue Gilles Kepel ou encore les paparazzis Jean-Claude Elfassi et Maamar Metmati, mis en cause par le prédicateur pour avoir cherché à recueillir des témoignages, voire, pour certains, à les monnayer. Il s’en prend aussi violemment à la presse, en particulier à Médiapart, accusée de ne pas avoir suffisamment vérifié ses informations.

«Je suis le diable, la parole qui m’accuse est forcément la parole de l’ange, une parole d’évangile», s’insurge le théologien. Très virulent, sans la nommer expressément, à l’encontre de Henda Ayari, la première femme à avoir plainte contre lui fin octobre, il avance : «On n’arrive même pas à se rendre compte que sur trois dépositions, elle a trois versions différentes…» Pour se blanchir, il affirme avoir toujours été surveillé en France : «Ils [les services de renseignements, ndlr] ne le savaient pas, parce que ça n’existait pas», dit-il à propos de ses présumés abus sexuels.

«Cet enregistrement devait être publié car c’est l’unique fois où Tariq Ramadan a pris la parole» sur cette affaire, explique Le Muslim Post. Ces dernières semaines, la situation du prédicateur s’est à nouveau singulièrement compliquée. Deux nouvelles plaintes (dont une aux Etats-Unis) ont été déposées contre lui et l’alibi (une réservation d’avion) fourni pour discréditer la deuxième femme qui l’accuse d’un viol commis à Lyon en 2009 s’est écroulé.