International envoyée spéciale à KINSHASA

Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, est arrivé mardi dans une Kinshasa encore choquée par les affrontements meurtriers des 22 et 23 mars entre l'armée - essentiellement la garde présidentielle - et la garde de l'opposant Jean-Pierre Bemba.

Opposition décapitée

Jamais encore, les Kinois n'avaient assisté à "une telle volonté de tuer". On déplore, selon les ambassadeurs de l'Union européenne, de 200 à 600 morts. Et depuis lors, l'opposition est décapitée : Etienne Tshisekedi ayant refusé de participer au processus électoral n'est pas représenté dans les institutions, tandis que Jean-Pierre Bemba a dû se réfugier à l'ambassade d'Afrique du Sud.

M. De Gucht arrive donc à Kinshasa au moment où la communauté internationale nourrit de sérieuses inquiétudes sur l'avenir de la démocratisation du Congo. Dans plusieurs capitales européennes - alors que l'immunité diplomatique de plusieurs ambassades a été violée par l'armée congolaise durant les événements de mars - on évoque la possibilité de recourir aux articles 8 à 11 de l'Accord de Cotonou, qui prévoient la possibilité de mesures à l'encontre des gouvernements ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique, liés à l'UE par des accords de coopération) qui montrent un non-respect flagrant des droits de l'homme.

Une visite délicate

La visite de M. De Gucht n'a pas été facile à organiser. Kinshasa n'a pas du tout apprécié la déclaration des ambassadeurs européens déplorant l'usage excessif de la violence contre Bemba; de plus, Karel De Gucht est connu pour son franc-parler.

Karel De Gucht plaide pour un mécanisme de "dialogue politique souple, rapide, efficace", entre la communauté internationale et les autorités congolaises, mécanisme "qui n'est en aucune façon une atteinte à la souveraineté" du Congo.

Mardi, le ministre belge a rencontré le corps diplomatique, puis les commissions des Affaires étrangères et de l'Intérieur de l'Assemblée nationale, ainsi que la conférence des présidents de groupes parlementaires. Répondant au président de l'Assemblée congolaise, Vital Kamerhe, M. De Gucht a insisté sur le besoin de liberté du Parlement.

François Mwamba, président du groupe parlementaire MLC (parti de Bemba), a attiré l'attention de M. De Gucht sur les exactions commises contre le MLC "et une partie de la population" hors de l'assemblée.

Gilbert Kiakwama, président du groupe parlementaire démocrate chrétien, a souligné que " les mêmes règles devaient être appliquées à la majorité et à l'opposition ", et que cette dernière avait " l e droit de suggérer, critiquer, contrôler ". Il a demandé au ministre belge qu'il voie " aussi l'opposition, pas seulement le pouvoir ". Enfin, un député de la majorité présidentielle a souhaité que le cheminement de la Belgique au côté du Congo soit " de responsabilité ", et non " de substitution ".