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Une attaque chimique présumée sur une ville rebelle en Syrie, imputée au régime, a provoqué lundi de nouveaux appels à une action internationale, les Etats-Unis avertissant n'exclure aucune option à quelques heures d'une réunion à l'ONU.

Dans ce contexte de fortes tensions, le spectre d'une riposte militaire a été ravivé après des tirs de missiles lundi contre une base militaire du régime, appelée T-4, dans le centre de la Syrie, mais le pouvoir à Damas et son allié russe ont accusé Israël.

"La première chose que nous avons à examiner, c'est pourquoi des armes chimiques sont encore utilisées, alors que la Russie s'était portée garante de la suppression de toutes les armes chimiques", a indiqué le ministre américain de la Défense Jim Mattis.

"Je n'exclus rien à l'heure actuelle", a-t-il ajouté, en réponse à une question sur une possible opération contre le régime de Bachar al-Assad.

La veille, Paris et Washington ont menacé ce régime d'une "réponse forte" après avoir confirmé "l'utilisation d'armes chimiques" samedi dans la ville de Douma près de Damas, mais ils ont démenti être à l'origine des frappes contre la base T-4.

Le président américain Donald Trump a averti le régime et ses alliés qu'ils pourraient "payer le prix fort", qualifiant M. Assad "d'animal".

Mais Moscou a prévenu qu'il était "nécessaire d'élucider de manière très minutieuse ce qu'il s'est passé à Douma. Sans information, tirer des conclusions serait dangereux".

"Nous entendons des annonces assez menaçantes et nous ne pouvons qu'espérer (...) que des pays tiers ne permettront pas que se produisent des actions qui pourraient déstabiliser la situation en Syrie, qui est déjà assez fragile", a dit le Kremlin.

En avril 2017, M. Trump avait fait bombarder une base militaire syrienne en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Selon les Casques Blancs et l'ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont péri dans "l'attaque aux gaz toxiques" à Douma, dernière poche rebelle près de Damas que le régime cherche à reprendre, pour parachever sa reconquête de la Ghouta orientale.

Le régime Assad et la Russie qui intervient militairement à ses côtés ont démenti ces informations non vérifiées de source indépendantes. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui s'appuie sur un vaste réseau de sources dans le pays, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

Le Royaume-Uni réagit

Pour la Première ministre britannique Theresa May, le régime Assad et ses soutiens, dont la Russie, devront rendre des comptes si leur responsabilité est établie dans l'attaque chimique présumée.

Son chef de la diplomatie Boris Johnson a lui réclamé une réponse internationale forte", en souhaitant qu'une "gamme complète d'options soit mise sur la table" à la réunion du Conseil de sécurité repoussée à 19H00 GMT.

Le pouvoir d'Assad a toujours nié sa responsabilité dans les nombreuses attaques chimiques qui lui ont été attribuées durant la guerre dévastatrice et complexe qui ravage le pays depuis 2011.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé l'ouverture d'une enquête "pour établir si des armes chimiques ont été utilisées".

Une vidéo postée par les Casques Blancs et présentée comme tournée après l'attaque présumée à Douma a montré un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d'enfants, allongés à même le sol, de la mousse blanche s'échappant de leur bouche.

Frappe "israélienne", Iraniens tués

Grâce à l'appui militaire crucial de Moscou, le pouvoir de M. Assad a réussi à reprendre plus de la moitié du territoire syrien, au prix d'une guerre dévastatrice qui a fait plus de 350.000 morts en sept ans.

Fort de ce même soutien, le régime a finalement fait plier le dernier groupe rebelle présent à Douma, l'obligeant à commencer à évacuer la cité. Des semaines durant, en février et mars, l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale a été la cible de bombardements intenses qui ont tué plus de 1.700 civils, selon l'OSDH.

La crainte d'une riposte militaire a été accentuée avec le tir de missiles contre la base militaire T-4, connu sous le nom de Tiyas, dans la province de Homs, qui a coûté la vie à 14 combattants, dont trois officiers syriens et des Iraniens, selon l'OSDH.

Cette base accueille des forces russes et iraniennes, a indiqué l'ONG. Téhéran a confirmé la mort de trois Iraniens dans cette attaque.

Le régime syrien et Moscou ont accusé Israël qui a mené de nombreux raids contre des cibles en Syrie ces dernières années. L'armée israélienne s'est refusé à tout commentaire.

Israël et la Syrie sont officiellement en état de guerre. Les relations sont d'autant plus tendues que trois ennemis d'Israël opèrent sur le théâtre syrien: le régime lui-même, l'Iran et le Hezbollah libanais pro-iranien, deux autres alliés de M. Assad.

En février, Israël a visé cette même base en affirmant qu'un drone avait été envoyé par l'Iran sur son territoire depuis cet aéroport présenté comme une "base iranienne".