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En quelques mois, Alexandria Ocasio-Cortez est devenue la figure de proue d'une nouvelle vague de femmes et de minorités qui bousculent l'élite démocrate. Elle devient donc la plus jeune élue du Congrès américain en obtenant un siège à la Chambre des représentants. Bien que tous les bulletins ne soient pas encore dépouillés, elle affiche une avance indéniable (plus de 75% des voix). Elle devra prouver que sa proximité avec les milieux modestes et sa fraîcheur peuvent faire avancer la gauche américaine.

Le visage télégénique de cette femme de 29 ans, née dans le Bronx d'une mère portoricaine et d'un père américain, était encore inconnu en juin.

Mais sa victoire surprise lors d'une primaire démocrate à New York face à un baron du Congrès, Joe Crowley, dans une circonscription acquise aux démocrates, a érigé la jeune femme, qui revendique l'étiquette socialiste, au rang d'enfant prodige de la politique.

Les clés de son ascension-éclair? Tout a commencé en mai par un petit clip devenu viral: elle y racontait de façon très personnelle son quotidien du Bronx, dénonçant une élite démocrate trop éloignée des soucis des petites gens.

Ensuite, tout au long de la campagne, elle a rejeté tout financement des grands donateurs démocrates et centré son discours sur le quotidien des classes moyennes. Répétant inlassablement comment elle accompagnait, enfant, sa mère qui faisait des ménages, ou comment ses parents quittèrent le Bronx pour une paisible banlieue de New York pour qu'elle puisse fréquenter de meilleures écoles.


Diplômée en économie et dotée du sens du contact

Le tout appuyé par les réseaux sociaux et un gros travail de terrain et de porte-à-porte.

"C'est beaucoup plus difficile de détester quelqu'un de près, c'est pour ça que le travail de porte-à-porte est si important", disait-elle lors d'un récent meeting dans le quartier du Queens, organisé par la communauté gay.

"Quand je frappe aux portes, certains sont très sur la défensive en me voyant. Alors je leur dis, 'Hé, on se bat pour une assurance santé universelle, pour une université publique gratuite, pour des salaires décents'. Et là vous voyez les mécanismes de défense tomber", expliquait-elle.

Une posture d'ouverture aux antipodes d'un climat politique ultra-polarisé. Servie par son sourire généreux et son sens du contact, qu'elle a peaufiné en travaillant quatre ans comme serveuse dans un bar new-yorkais, malgré son diplôme en économie de la Boston University.

Les jeunes New-Yorkais, souvent plus à gauche que la moyenne, semblent particulièrement réceptifs.

"Ça m'inspire vraiment de voir qu'on peut passer directement de serveuse à représentante au Congrès", confie Kaitlyn Richter, 25 ans, après l'avoir rencontrée pour la première fois. "On voit bien que tous les problèmes dont elle parle, elle les connaît vraiment".

Ex-bénévole de la campagne de Bernie Sanders - rival malheureux d'Hillary Clinton à la primaire démocrate pour la présidentielle 2016 - Ocasio-Cortez est rapidement devenue la nouvelle incarnation de la gauche américaine, et chef de file d'une nouvelle vague de candidats à la gauche du parti démocrate.

Candidats souvent issus de minorités - ethniques, religieuses ou sexuelles - jusqu'ici peu représentées au Congrès, que son ascension a remplis d'espoir.

D'autant qu'Alexandria Ocasio-Cortez ne se ménage pas pour les soutenir: depuis sa victoire aux primaires, elle sillonne les Etats-Unis pour appuyer leur campagne, souvent beaucoup plus difficile à remporter que la sienne.

"Elle est devenue la tête d'affiche de ce mouvement", souligne Debbie Walsh, directrice du Centre sur les femmes en politique de l'université Rutgers. "Elle est un peu comme une rockstar", utilisant "son statut de vedette pour aider les autres candidats, tout en se forgeant une base".