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Helmut Kohl est décédé "ce matin dans sa maison de Ludwigshafen", dans le sud-ouest du pays, a indiqué le Bild. Une information qui a été officialisée.

Cloué au fauteuil roulant, articulant mal, aigri, brouillé avec ses fils et ses anciens compagnons de route, Helmut Kohl n’a pas connu la vieillesse qu’il méritait. La jeune génération a du mal à imaginer qu’après la chute du mur de Berlin en 1989, il a été au rendez-vous de l’Histoire : non seulement il a façonné la réunification allemande, préalable à l’intégration des pays de l’Est dans l’Union européenne et l’Otan, mais encore a-t-il été un des artisans majeurs de l’Union économique et monétaire.

Contre le mouvement pacifiste

Le “géant noir”, comme on appelait le dirigeant chrétien-démocrate mesurant plus de 1,90 mètre, a été un homme de la longue durée. Il a œuvré comme chancelier pendant 16 ans, de 1982 à 1998, battant le record de 14 ans établi par son idole Konrad Adenauer (1949-1963). Il avait l’art de surmonter les (faux) problèmes en attendant qu’ils se résolvent tout seuls. C’était la technique du aussitzen (rester assis), qu’il dominait à la perfection.

Doté d’un doctorat d’histoire et de très bonnes connaissances sur le passé des pays européens, il voyait les larges horizons, fixait les grandes lignes, sans pour autant négliger la négociation au “corps à corps” avec les chefs d’État et de gouvernement étrangers.

À part Konrad Adenauer, aucun chancelier allemand n’a vu aussi grand que lui. Le social-démocrate Helmut Schmidt, en poste de 1974 à 1982, s’est montré intellectuellement plus brillant, mais aussi plus arrogant, lui qui se considérait comme le meilleur économiste de la terre. Schmidt a eu le malheur d’avoir été exposé aux deux crises du pétrole des années 70. En champion du déploiement des missiles américains Pershing-II pour faire contre-poids aux SS-20 soviétiques, Schmidt a été lâché par son parti. Kohl a effectivement imposé le déploiement des missiles, imperturbable contre la Friedensbewegung, le mouvement pacifiste. Le Kremlin a alors compris qu’il ne pouvait plus gagner la course aux armements.

Bonhomie et autorité d’un chef

Né en 1930 à Ludwigshafen, dans le Palatinat, d’un père fonctionnaire des finances catholique et anti-nazi, le jeune Helmut a, en 1945, effectué une marche de six mois de son camp d’entraînement bavarois à son domicile. En 1944, il avait été traumatisé par la mort de son frère aîné Walter, soldat tué à 18 ans par un chasseur allié. Toute sa vie, il a voulu œuvrer pour la paix en Europe.

Membre dès 1946 de la CDU, le jeune Kohl a fait une ascension rapide : chef du groupe CDU à la diète de Rhénanie-Palatinat à Mayence en 1966, ministre-Président du Land en 1969, président de la CDU nationale en 1973 et leader de l’opposition au Bundestag en 1976. À Mayence, il avait un style de gouvernement détendu. Bon connaisseur des hommes, il avait fait entrer dans son cabinet des jeunes au grand talent comme le futur secrétaire général de la CDU, Heiner Geissler, et Bernhard Vogel, son successeur comme ministre-Président. L’équipe tenait des beuveries dans la cave du palais de gouvernement. En Kohl se mélangeaient bonhomie et autorité du chef.

L’euro à tout prix

Arrivé à Bonn, parlant avec un fort accent palatin, il a été d’abord tourné en dérision par les médias et les intellectuels. Mais plus tard, pendant le processus de réunification, tous l’admiraient. Kohl était un Machtmensch, un homme aimant le pouvoir. En lisant ses souvenirs (1), on admire avec quelle souplesse et intuition il a su, dans ses négociations avec les quatre Alliés, jusqu’où il pouvait aller pour la réunification.

Chaud partisan de l’euro, il a toujours rejeté la thèse que François Mitterrand lui aurait arraché la promesse de renoncer au mark en échange de l’unité allemande. Helmut Kohl écrit que, pour lui, Union monétaire et réunification étaient les “deux faces de la même médaille”. L’euro, il l’a voulu à tout prix. Une thèse de doctorat de Jens Peter Paul publiée en 2013 contient une interview de Kohl de 2002, dans laquelle il confesse : “Dans le cas de l’euro, j’ai été un dictateur. S’il y avait eu un référendum en Allemagne, j’aurais perdu. Il y aurait eu une majorité de 70 % contre”.

(1) H. Kohl “Souvenirs 1982-1990”. Droemer, paru en 2005.