Des armes wallonnes à Gaza

Damien Spleeters Publié le - Mis à jour le

International Enquête

Le FN F2000, qui équipe les forces spéciales belges, a été exporté à travers le monde. "Jamais cependant, selon les rapports annuels du Gouvernement wallon sur les exportations d’armes, vers les autorités palestiniennes et, a fortiori, vers un acteur non étatique tel que les Brigades al-Quds", relève le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip), qui relaye l’information sur son site Web.

Le cabinet de Rudy Demotte, responsable de l’octroi des licences d’exportations d’armes wallonnes, confirme : "La Wallonie n’a évidemment jamais donné de licence pour une livraison d’armes à des groupes armés dans cette région. Nous allons effectuer des recherches afin de tenter d’identifier la provenance de ce matériel."

La FN Herstal, dont la politique est de ne pas communiquer par voie de presse sur l’exercice de ses activités internationales, précise néanmoins qu’aucune livraison de matériel n’a été effectuée au Jihad islamique palestinien.

D’où viennent donc ces FN F2000, acquis de manière illégale ?

Pour Luc Mampaey, directeur du GRIP, "il y a plus de questions que de réponses. Il est impossible d’identifier la provenance des armes sur base des photos publiées, on ne peut donc faire que des suppositions. La Libye est un scénario plausible, voire probable".

En 2008, la Libye du colonel Kadhafi avait commandé 367 F2000 pour équiper sa 32e Brigade dans le but officiel de protéger un convoi humanitaire. Cette unité d’élite, dirigée par Khamis Kadhafi, est connue pour ses exactions avant et pendant la guerre de 2011.

A la suite du conflit, les fusils d’assaut belges ont été éparpillés de Tripoli à Benghazi. En février 2012, dans l’Est libyen, un F2000 pouvait s’acheter pour 5 000 dollars. Rafah, où se déroulait le défilé militaire des Brigades al-Quds, est située à la frontière égyptienne, et plusieurs rapports font état d’armes libyennes saisies en Egypte à des trafiquants qui tentaient de les faire passer aux territoires palestiniens.

Cependant, sans connaissance de numéros de série, l’hypothèse libyenne, aussi plausible soit-elle, ne peut pas être vérifiée. Les armes belges pourraient avoir été réexportées par un autre pays acheteur. Seules la Région wallonne et la FN Herstal disposent du nombre précis de F2000 fabriqués, et de la liste des pays utilisateurs.

Si le risque de détournement n’est jamais nul, pour M. Mampaey, il faudrait cependant, avant toute décision d’octroi de licences d’exportation d’armes, "une analyse beaucoup plus prudente des risques de détournement ou de réexportation non autorisée, en pouvant faire abstraction des intérêts socio-économiques immédiats, qui ont généralement le dernier mot. En outre, aucune sanction n’est prévue dans le cas où le client fautif est identifié".

Luc Tiberghien, député Ecolo au Parlement wallon et vice-président de la sous-commission de contrôle des licences d’armes, estime qu’"il y a un manque de suivi par rapport à la réexportation. Il faut encore renforcer cet aspect dans le décret, ou par circulaire, pour avoir un cadrage plus strict, qui va jusqu’à la sanction. Ce suivi est une responsabilité politique".

Même si la compétence a été régionalisée en 2003, les impacts d’un tel détournement sont nationaux, voir internationaux. Le VLD compte interpeller prochainement le ministre des Affaires étrangères sur la question. Alors que certains éléments radicaux libyens étaient en possession, après la guerre, d’armes belges comme le F2000, Didier Reynders avait indiqué qu’il "ne fallait pas exagérer l’importance des armes de fabrication belge pour des groupes terroristes".

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