Des armes wallonnes utilisées pour mater les manifestants en Libye ?

Ph. Law. Publié le - Mis à jour le

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L’onde de choc de la répression des manifestants en Libye risque d’atteindre la Wallonie et de relancer bien des polémiques. Et ce, à cause de la FN Herstal, leader mondial de l’armement qui risque bien d’y être impliquée malgré elle. En effet, comme le rappelle La Ligue (belge) des droits de l’homme, les armes utilisées par les forces de sécurité et l’armée libyennes sont, entre autres, wallonnes. Le dossier avait d’ailleurs suscité en 2009 une vive polémique entre les partisans et les opposants d’un contrat signé entre le fleuron wallon et les autorités libyennes. En juin 2009, le gouvernement wallon, en affaires courantes, avait octroyé une licence d’exportation à l’entreprise pour la livraison d’une première commande au président Mouammar Kadhafi. Le contrat, évalué à environ 11,5 millions d’euros, visait plusieurs lots de matériel : 367 fusils F2000, 367 P90, 367 pistolets 5.7, 50 pistolets de luxe, 30 Minimi, 22 000 grenades pour fusils et 1,134 million de munitions pour ces armes, à destination de l’armée libyenne. Il intégrait également la fourniture de 2 000 lanceurs FN 303, des armes antiémeute à létalité réduite destinées à la police.

Cette première commande devrait normalement en amener une autre à la filiale du groupe Herstal (Browning, FNMI, etc.) puisqu’un autre contrat, d’un montant estimé à quelque 111 millions d’euros, était en cours de négociation. Mais la polémique créée par la première commande a manifestement mécontenté les autorités libyennes. Tripoli aurait finalement décidé de se tourner vers le pays du Premier ministre Vladimir Poutine pour une commande de plus de 100 millions d’euros. Les dirigeants ainsi que les travailleurs de FN Herstal défendaient leur relation avec la Libye, rappelant que le pays n’est plus soumis à un embargo militaire depuis octobre 2004. Pour les opposants, livrer des armes à la Libye reviendrait à équiper un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme. La Ligue des droits de l’homme et la Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie (CNAPD) avaient d’ailleurs introduit un recours au conseil d’Etat. Et avaient gagné. Mais la licence avait été accordée.

Aujourd’hui, les événements et leurs développements semblent donner un écho à leurs critiques. L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a indiqué dimanche qu’au moins 173 personnes avaient été tuées depuis le début de la contestation. Le chiffre pourrait être revu à la hausse. "La Libye est, bien entendu, l’exemple parfait d’un régime auquel il faudrait s’abstenir de livrer le type d’équipement constitué par les armes à létalité réduite. C’est, en effet, ce type d’armes qui sont généralement utilisées pour la répression des manifestations. Faut-il rappeler que la torture et la prison sont toujours le sort de quiconque critique le régime et son leader, que les libertés d’expression, de manifestation et d’association sont toujours totalement absentes ? Il est troublant de constater que les organisations syndicales - pour lesquelles le droit de manifester est, à juste titre, un acquis non négociable et abondamment utilisé - se mobilisent pour permettre l’exportation de matériel de répression vers un régime qui dénie ce droit à ses propres citoyens", a indiqué La Ligue des droits de l’homme dans un communiqué.

La Région wallonne s'informe sur l'usage des armes de la FN

Le ministre-président de la Région wallonne Rudy Demotte a demandé à l'ambassadeur de Belgique à Tripoli de lui transmettre les "éléments d'information" permettant de "mesurer le risque d'utilisation" des armes wallonnes dans le cadre de la répression qui sévit en Libye, a-t-on appris lundi. La FN Herstal a conclu en 2009 un contrat de vente d'armes à la Libye. La Région wallonne avait délivré à l'entreprise liégeoise une licence d'exportation. Le gouvernement n'hésitera pas, s'il s'avère que le "certificat d'usage final" n'est pas respecté, à dénoncer la situation auprès de l'Europe, ce qui aurait pour conséquence une mise au ban de la Libye, souligne-t-on au cabinet du ministre-président Rudy Demotte.

Le contrat de la FN avec la Libye avait été dénoncé par les ONG. La Ligue des droits de l'Homme avait obtenu du Conseil d'Etat la suspension des licences. Le Conseil d'Etat doit encore se prononcer au fond sur l'octroi des licences. Au cabinet de Rudy Demotte, on indiquait lundi que dans le cas précis de la Libye, la prudence avait prévalu "plus encore" qu'en temps normal. On rappelait également que toute décision d'octroi de licence s'envisageait en fonction des règles européennes réputées pour être les plus strictes au monde.

Cependant, le ministre-président partage l'inquiétude de la Ligue des droits de l'Homme au regard de la répression qui a cours en Libye, ajoutait-on au cabinet. C'est la raison pour laquelle la Région a demandé à l'ambassadeur de Belgique de s'informer sur l'usage des armes qui étaient destinées à une mission de sécurité dans le couloir humanitaire du Darfour. La Région wallonne se dit encore plus inquiète à propos de l'exécution d'un contrat russe de kalachnikovs de 1,3 milliard d'euros dont elle doute de la traçabilité qu'elle assure moins réputée que pour les armes wallonnes.

Le MR veut des informations sur la vente d'armes de la FN à la Libye

Les députés wallons du MR interpelleront le gouvernement wallon afin de connaitre le détail des livraisons d'armes de la FN-Herstal à la Libye, touchée par un mouvement de protestation contre le régime qui a fait au moins 233 morts, a indiqué lundi le président du parti, Charles Michel. Nos élus au parlement wallon vont interpeller l'exécutif pour disposer de l'ensemble des informations, a-t-il affirmé au cours d'une conférence de presse à Bruxelles.

La FN Herstal a conclu en 2008 un contrat de vente d'armes controversé à la Libye d'un montant de 12,2 millions d'euros. M. Michel a toutefois insisté sur l'"enjeu industriel" que représente la production de la FN, rappelant également que d'autres fournisseurs étaient "plus présents" en Libye que les entreprises d'armement belges. Les violences lors des manifestations en Libye contre le pouvoir du dirigeant Mouammar Kadhafi ont fait au moins 233 morts depuis le début du mouvement de protestation, dont 60 pour la seule journée de dimanche à Benghazi, selon un nouveau bilan publié lundi par l'ONG Human Rights Watch (HRW).

La FGTB dénonce l'hypocrisie politique concernant les armes wallonnes

La FGTB Métal Liège-Luxembourg dénonce des "hypocrisies révélées ces dernières heures" au sujet des armes wallonnes vendues à la Libye. Le syndicat note que tous les pays occidentaux entretiennent des relations diplomatiques normales avec la Lybie et les autres régimes actuellement confrontés à des révolutions. "Tous ces pays sont armés par l'occident", précise Francis Gomez, président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg, par communiqué. "L'indignation dont font preuve certains mandataires belges est donc très sélective. En fait, il y a en Belgique, dans certains milieux politiques, un courant anti-FN. La FN est le seul vendeur d'armes belges critiqué par ces milieux, et cela de manière systématique". A terme, il craint que la "moralisation revendiquée en Belgique" ne soit payée par les 1.100 travailleurs liégeois de la FN.

La FGTB pointe également le fait que les politiciens des autres pays fournisseurs d'armes ne protestent pas contre ces livraisons. "La FGTB Métal Liège-Luxembourg ne s'est jamais opposée à une réglementation de la législation sur les exportations d'armes. Mais cette réglementation doit être du même type que celle qui est en vigueur dans les autres pays européens concurrents. Il est hors de question que des contrats, donc des heures de travail, soient perdus parce que la Wallonie serait plus stricte que ses concurrents", conclut Francis Gomez.

Ecolo interrogera Demotte au Parlement sur l'usage des armes de la FN

Ecolo interpellera par la voix de son député régional Luc Tiberghien le ministre-président wallon, Rudy Demotte, à propos de la traçabilité et l'usage des armes vendues par la FN au régime du colonel Khadafi. Les Verts continuent par ailleurs à demander que la réforme de la procédure d'octroi des licences "aboutisse dans les meilleurs délais". Ecolo a rappelé lundi dans un communiqué avoir toujours conditionné son éventuel accord à tout octroi de licence vers la Libye au respect strict des garanties prévues dans le code de bonne conduite européen et au contrôle de la traçabilité des armes. Or, rappellent les Verts, la Libye est réputée comme l'un des principaux fournisseurs d'armes à destination de multiples mouvements terroristes, et aucune certitude n'a jamais existé quant à la possibilité qu'elles serviraient à commettre des "violations des droits fondamentaux".

Le gouvernement wallon a octroyé à la FN la licence d'exportation d'armes pour la Libye au lendemain des élections régionales de 2009, alors qu'il était en affaires courantes, rappelle Ecolo, entre-temps membre de la majorité. Pour les Verts, les différentes polémiques suscitées depuis quelques années en Région wallonne autour de la question des exportations d'armes témoignent du fait que le cadre réglementaire en vigueur en la matière doit être "affiné", de manière à améliorer sa transparence, sa cohérence et son efficacité. Ce travail est en cours. A la lumière des événements sanglants des derniers jours, notamment en Libye, Ecolo continuera à plaider fermement pour que cette réforme aboutisse "dans les meilleurs délais".

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