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Un réseau parlementaire "pour aider le peuple syrien" a été lancé mercredi à Bruxelles, à l’initiative de Juliette Boulet (Ecolo) et Eva Brems (Groen). Les deux députées souhaitent mobiliser l’opinion et les pouvoirs publics belges sur cette guerre et répression qui ont fait près de 15 000 morts, 150 000 réfugiés et des dizaines de milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

"Cela fait longtemps que les parlementaires ne se sont plus mobilisés sur une question internationale", se réjouit Georges Dallemagne (CDH), qui ajoute qu’en Syrie, "c’est le silence qui tue". D’autres politiques ont apporté leur soutien dont Bruno Tuybens (SP.A) et Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen. En 2006, des députés belges avaient créé un réseau similaire avant les élections au Congo.

L’idée est de partager les informations, de susciter des actions avec la société civile et de saisir le gouvernement quand les choses traînent. A cet égard, souligne M. Dallemagne, le gouvernement a libéré le 17 avril une aide humanitaire de deux millions d’euros mais n’a toujours pas utilisé l’argent, faute de canal adéquat, alors que seize pays européens l’ont fait.

La première réunion a permis d’entendre le témoignage de Yahia Hakoum, un jeune Syrien arrivé en Belgique il y a quatre mois. Yahia a fait partie des premiers Syriens qui ont manifesté le 15 mars 2011 devant la mosquée des Omeyyades à Damas. Interrogé et torturé par les services de sécurité, il s’est réfugié dans un monastère syrien avant d’être exfiltré vers la Belgique. Les autorités belges ne lui ont pas délivré facilement le droit d’asile. Yahia a été accueilli par une famille belge. "Ce qui nous fait souffrir", dit-il, "c’est l’indifférence de la communauté internationale. On se cache derrière la Russie."

Le jeune Syrien n’est pas en faveur d’une intervention militaire internationale, mais plaide pour une aide à l’opposition, ne fût-ce que par des moyens de communication. "L’armée syrienne libre est capable de se battre." Il croit aussi que la palette des sanctions peut être largement augmentée.

Des représentants d’Amnesty ont également distribué un rapport accablant pour le régime syrien. Le rapport est basé sur le témoignage de 200 personnes interrogées par des enquêteurs qui se sont rendus clandestinement dans la région d’Idlib et d’Alep. L’armée et les milices y sont accusées d’exécutions sommaires (surtout des hommes), d’avoir brûlé des maisons et bombardé de façon indiscriminée des zones résidentielles. Amnesty se voit reprocher par certains membres une vision partiale du conflit syrien, mais Bruno Tuybens est alarmé. "Je suis membre d’Amnesty depuis 1981", relève-t-il. "J’ai rarement lu un rapport sur des faits aussi graves."