Des raids ciblés au Liban

ÉMILIE SUEUR Publié le - Mis à jour le

International

CORRESPONDANTE À BEYROUTH

Jeudi soir, l'aviation israélienne avait largué des tracts appelant la population à quitter les quartiers abritant des locaux du Hezbollah. Quelques heures plus tard, Haret Hrek, bastion du Hezbollah dans le sud de la capitale libanaise, devenait la cible des chasseurs israéliens. Au petit matin, les Beyrouthins sont venus constater les dégâts.

Deux ponts, dont l'un mène à l'aéroport international, sont détruits. Deux carrefours ont été transformés, avec une précision extrême, en de gigantesques cratères. Dans l'un, les restes d'une canalisation d'eau explosée; dans l'autre, une voiture. Les rues sont jonchées de débris, morceaux de ferraille ou bris de glaces. Les résidents du quartier, qui paradaient mercredi à l'annonce de la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens, sont désormais moins exubérants. Les jeunes du quartier continuent toutefois d'afficher leur détermination face à Israël.

«Nous n'avons pas peur. Tout ce qui compte pour nous, c'est Hassan Nasrallah», s'exclame Hussein, en référence au secrétaire général du parti chiite. Non loin de lui, une famille dont chaque membre tire une petite valise, a toutefois décidé de quitter les lieux. Les travailleurs syriens ont fait le même choix, et attendent un taxi.

En fin de matinée, le bruit sourd d'explosions avait ravivé l'angoisse. Pour la deuxième fois en deux jours, l'armée israélienne a pilonné l'aéroport international, d'où émane déjà une énorme colonne de fumée noire après un raid israélien, jeudi soir, sur des réservoirs de carburant. Dans un premier temps, un triple raid sur les pistes, puis un raid contre un hangar. La neutralisation de l'aéroport entre dans le cadre d'une stratégie israélienne visant à imposer un blocus sur le Liban. Blocus qui s'est renforcé dans la nuit de jeudi à vendredi par le bombardement de la route internationale Beyrouth- Damas.

Deux jours après le début de l'offensive israélienne, qui a coûté la vie à plus de soixante civils et blessé plus de 160 autres, il devient extrêmement difficile de quitter le pays. Le Liban s'inquiète chaque jour un peu plus des conséquences de l'offensive alors que les dégâts sont considérables. Vingt et un ponts ont été détruits, de nombreuses routes coupées et les réservoirs de carburants d'une centrale électrique au sud de Beyrouth pilonnés. Dans ce contexte particulièrement tendu, les Libanais se préparent au pire. Ils ont fait leurs réserves de provisions et de bougies, alors que la plupart des immeubles de Beyrouth sont seulement sporadiquement alimentés en électricité, les réservoirs d'essence des voitures sont remplis. Signe que les temps sont durs, la capitale, d'ordinaire agitée et bruyante, était hier silencieuse.

Un silence seulement troublé par une reprise, en soirée, des bombardements contre Haret Hrek. Vendredi soir, en effet, l'endroit a encore été la cible des bombardements israéliens qui ont détruit le QG de Hassan Nasrallah. Le chef du mouvement chiite serait sain et sauf, selon la télévision du Hezbollah.

© La Libre Belgique 2006

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