International Des appels à conclure une paix négociée à la guerre se multiplient, à l’attention de l’Arabie saoudite.

Contre toute attente, des rumeurs de paix viennent troubler la fureur de la guerre au Yémen, pourtant presque silencieuse sur le plan médiatique, tant la place qu’elle occupe y est restreinte. La paix ou, du moins, une invitation à faire la paix lancée à l’attention de l’Arabie saoudite alors que la coalition qu’elle dirige en soutien au gouvernement yéménite contre les forces insurgées est très critiquée pour ses bombardements occasionnant beaucoup de dégâts parmi les infrastructures civiles et humanitaires et causant un nombre élevé de victimes dans la population ?

Cet appel à tenir des négociations de paix survient après de nombreuses tentatives infructueuses au fil des deux ans et demi d’un conflit que l’on présente souvent comme une guerre par procuration entre les grands rivaux du Golfe, l’Arabie saoudite et l’Iran.

Une division à exploiter

D’après un rapport publié mercredi par le cercle de réflexion International Crisis Group, basé à Bruxelles, la division dans le camp des insurgés houthistes (soutenus par l’Iran) peut constituer une chance réelle de faire avancer la paix au Yémen. Ce pays du sud de la péninsule arabique, qui compte parmi les plus pauvres de la planète, est le théâtre d’une guerre qui a fait au moins 8 500 morts et 49 000 blessés depuis deux ans et demi, et d’une épidémie de choléra qui touche des centaines de milliers de personnes.

Cette discorde apparue en août entre les miliciens houthistes d’Ansarollah et leurs alliés du Parti du congrès général du peuple de l’ex-président Ali Abdallah Saleh peut changer le cours de la guerre, d’après ce rapport.

"Cette division peut étendre et prolonger la guerre civile régionalisée du Yémen ou elle peut être saisie comme une opportunité pour faire avancer la paix. Cela requiert de l’Arabie saoudite et de ses appuis internationaux, dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qu’ils agissent rapidement pour capitaliser sur une division qu’ils ont encouragée en soutenant un cessez-le-feu immédiat et un accord politique inclusif", souligne le rapport.

Les Houthis au gouvernement

Ryad est disposé à une telle perspective, comme l’a souligné l’ambassadeur saoudien au Yémen, mercredi lors d’une réunion organisée à Bruxelles par le Gulf Research Center. "Sur le plan militaire, nous essayons de mettre la pression sur les Houthis pour qu’ils reviennent à la table des négociations. Nous les invitons à prendre part à un futur gouvernement légitime au Yémen. Et nous n’objectons pas qu’il puisse y avoir un ministre issu des Houthis, dès lors qu’ils auront déposé les armes", a expliqué Mohammed Saïd Al Jaber. "Il y a une aile militaire chez les Houthis et une aile qui ne veut pas user des armes", a poursuivi l’ambassadeur saoudien, ajoutant que "le Hezbollah (libanais), qui combat en Syrie, possède aussi une aile politique qui est au gouvernement au Liban". La milice houthiste Ansarollah est souvent comparée au Hezbollah libanais.

La veille, l’Onu, par la voix de son représentant spécial au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, avait insisté sur la "nécessité accrue de conclure un accord pour mettre un terme à la guerre et former un nouveau gouvernement représentant tous les Yéménites".