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Le 31 décembre dernier, "La Libre Belgique" rendait compte de l’étude de deux démographes belges, experts de l’Union européenne pour les récentes élections au Congo, au sujet de la surmortalité causée par la guerre (1998-2004) dans ce pays. Le chiffre habituellement cité est de "4 millions", établi par l’ONG International Rescue Committee (IRC); les deux démographes, André Lambert et Louis Lohlé-Tart, le fixent autour de 200000.

Quatre enquêtes

Dans une lettre à "La Libre Belgique", l’IRC "conteste de nombreuses affirmations contenues à la fois dans le rapport mentionné et dans l’article" et dit s’en tenir "à la rigueur scientifique et aux conclusions de (ses) propres études".

"Nos estimations de mortalité sont basées sur une série de quatre enquêtes conduites entre 2000 et 2004, qui ont utilisé une méthodologie épidémiologique standard largement utilisée pour mesurer la mortalité dans un contexte humanitaire. Inversement, l’étude d’André Lambert et Louis Lohlé-Tart s’est appuyée sur des techniques démographiques qui, à notre connaissance, n’ont précédem ment jamais été utilisées ou validées dans de tels contextes".

Et l’ONG de souligner que son travail "a fait l’objet d’un intense examen par les pairs et les résultats des enquêtes de 2004 ont été publiés dans la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet".

Enfin, IRC attaque "les inexactitudes et les déclarations erronées" de l’étude belge, ainsi que les "préjugés évidents des auteurs et leur ton non profession nel", qui "sapent d’autant plus leurs revendications de validité scientifique".

Techniques robustes

A la demande de La "Libre Belgique", les deux démographes répliquent. "Répéter qu’on-s’en-tient-à-la-rigueur-scientifique sans le démontrer n’est rien d’autre qu’un mantra", soulignent-ils, "tout comme il n’est nul besoin, pour paraître scientifique, d’écrire "compliqué". Nous utilisons de s techniques robustes et confirmées de démographie mathématique où les données globales sont recoupées et validées de manière cohérente".

Rappelant que "d’incontestables canulars ont AUSSI été publiés dans des journaux aussi renommés et sévères que The Lancet" - qui a "d’ailleurs la grande honnêteté de posséder une rubrique "Département des erreurs" - les deux démographes soulignent qu ’"il ne faut pas attendre qu’un journal médical songe à recourir à des relecteurs démographes quand le sujet est démographique mais affiché comme de l’épidémiologie".

"Rappelons que lors de sa présentation par l’IRC à Louvain en 2007, c’est bien l’absence de "répondant technique acceptable" qui insinua des doutes légitimes dans l’esprit des démographes" au sujet de l’étude de l’ONG sur le Congo, "rejoignant ceux de l’OMS (a priori du bord des médecins) face aux divergences entre estimations démographiques et épidémiologiques des morts lors de crises".

"Notre méthodologie à propos du Congo est certes novatrice (pourquoi des scientifiques s’en offusqueraient-ils ?) mais elle fit ses armes devant la Société des démographes belges. Peut-on en dire autant de l’IRC, dont les estimations des morts au Congo furent publiées par un auteur notoirement connu actuellement pour surestimer ceux de la guerre en Irak ?"