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Le parti au pouvoir depuis l'indépendance du Zimbabwe en 1980 a décidé lundi d'engager une procédure de destitution contre son ancien chef, le président Robert Mugabe, qui reste sourd à tous les appels à la démission depuis le coup de force de l'armée.

Même s'il fait de la résistance, le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète, âge de 93 ans, semble proche de la sortie.

Voici les trois scénarios possibles de la fin de son règne de trente-sept ans à la tête du pays:

La destitution

Aux termes de l'article 97 de la Constitution zimbabwéenne, le parti du chef de l'Etat, la Zanu-PF, va déposer mardi une résolution de destitution devant les deux chambres du Parlement, l'Assemblée nationale et le Sénat.

Cette procédure peut être engagée pour "faute grave", "manquement à la Constitution", "violation délibérée de la Constitution" ou "incapacité".

Une fois ce vote acquis à la majorité simple, les deux chambres nomment une commission d'enquête bipartite, qui rédige une résolution de destitution du chef de l'Etat. Dans ce cadre, le président est autorisé à se défendre devant le Parlement.

La destitution doit ensuite être votée à la majorité des deux tiers.

L'immense majorité des élus de la Zanu-PF comme ceux de l'opposition y semble aujourd'hui favorable, le texte devrait donc être voté, mais pas avant quelques jours.

Cette option présente toutefois une obstacle politique majeur.

Si le président est destitué, il est remplacé par le vice-président jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

Problème, le candidat favori des militaires, Emmerson Mnangagwa, a été limogé de son poste de vice-président il y a deux semaines, ce qui a provoqué la crise actuelle.

C'est donc l'autre vice-président, Phelekeza Mphoko, un proche de Grace Mugabe exclu dimanche du parti au pouvoir, qui hériterait de la présidence par intérim.

A moins que Robert Mugabe n'accepte, lors des négociations avec les militaires, de renommer M. Mnangagwa à son poste.

La démission

La solution la plus simple et la plus rapide, mais la plus improbable après l'allocution télévisée du président dimanche soir.

Contre toute attente, Robert Mugabe n'a pas annoncé ni même évoqué son retrait, alors même que tout le pays était suspendu à ses lèvres pour l'entendre.

Dès sa première rencontre jeudi avec le chef d'état-major de l'armée, le général Constentino Chiwenga, le "camarade Bob" a catégoriquement rejeté cette hypothèse.

Comme la destitution, elle ne garantit pas non plus à l'armée l'arrivée au pouvoir de son favori M. Mnangagwa, puisqu'elle précipiterait M. Mphoko à la tête du pays.

Le passage en force

Si Robert Mugabe continue à refuser de céder à leurs injonctions, les militaires peuvent le renverser purement et simplement, un scénario qu'ils ont jusque-là délibérément écarté.

Dès la nuit de mardi à mercredi, l'armée a pris soin de mettre les formes pour que son coup de force garde des apparences légales.

"Ce n'est pas un coup d'Etat militaire contre le gouvernement (...) Nous ne faisons que viser les criminels qui entourent" Robert Mugabe, a souligné leur porte-parole, le général Sibusiso Moyo, lors de sa déclaration à la télévision nationale.

L'Union africaine (UA) et l'organisation régionale d'Afrique australe (SADC) ont aussi mis en garde l'armée contre toute velléité d'évincer Robert Mugabe sans autre forme de procès.