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Agitation et confusion en France, plus que jamais, à propos de l’“humoriste anti-système” Dieudonné M’bala M’bala. Qui, jeudi, de manière assez inédite dans les annales, a fait l’objet de deux décisions complètement contradictoires, prises à quelques heures à peine d’intervalle, par la justice administrative. Concernant la représentation qui, le soir même, à Nantes (Loire atlantique), devait lancer la tournée en province du nouveau spectacle de l’intéressé.


Une mesure radicale”

Cette représentation faisait l’objet d’un arrêté préfectoral d’interdiction, s’appuyant sur la circulaire édictée en début de semaine par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui est résolu à faire taire ce multirécidiviste de la condamnation pour incitation à la haine. Mais, jeudi, le tribunal administratif de Nantes, saisi par l’“humoriste”, a cassé cette interdiction.

Ses arguments? L’ensemble du spectacle visé “ne peut être regardé comme ayant pour objet essentiel de porter atteinte à la dignité humaine, en mettant précisément en cause une communauté”. Il n’est “pas établi” qu’il soit centré sur des propos négationnistes ou antisémites “provocants et choquants”. Et n’est pas davantage établi le fait que les autorités, pour assurer l’ordre public, n’avaient comme seule possibilité que de recourir à “une mesure aussi radicale” que la censure a priori d’une expression publique.

Les avocats du polémiste, rayonnants, ont salué une “victoire pour la liberté d’expression”, et “la défaite de M. Valls”. Mais ont ensuite dû déchanter. Le Conseil d’Etat a été saisi en appel, par le ministre. La plus haute juridiction administrative du pays s’est réunie sous la protection de huit fourgons de police déployés devant son siège, par crainte de manifestations. Il a statué en moins de deux heures – du jamais vu depuis les années 60. Et, à rebours de toute la jurisprudence précédente dans le dossier Dieudonné, a… cassé l’autorisation de la représentation, décidée en première instance, quelques heures plus tôt. A son estime, les autorités préfectorales étaient fondées à l’interdire, vu “la gravité” et “la réalité” des risques qu’elle aurait fait peser sur l’ordre public.


Digne de la Corée du Nord”

A Nantes, cette interdiction, moins de deux heures avant le début programmé de la représentation, a été accueillie par les huées du millier de spectateurs massés devant la salle de spectacle. Et par les slogans “Liberté d’expression!” et “Hollande, démission!”. Le polémiste a appelé ses fans à rentrer chez eux en chantant “La Marseillaise”. Ses avocats ont qualifié la mesure le frappant d’“acte de censure absolument inédit”, digne “de la Corée du Nord”.

A l’inverse, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a salué la décision. Rendue, a-t-elle souligné, par “les plus hauts magistrats du pays, qui statuent en toute indépendance, et auxquels on ne peut faire le reproche d’être aux ordres du gouvernement”.