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Barack Obama avait promis de mettre fin à l’engagement américain en Afghanistan et il avait dû se résigner à y envoyer des renforts. Le candidat Donald Trump l’avait raillé à ce sujet et juré qu’il mènerait vite l’aventure à son terme. Sept mois seulement après son entrée à la Maison-Blanche, le nouveau président annonce qu’il mobilisera à son tour davantage de troupes, prolongeant ce qui est d’ores et déjà la plus longue opération militaire des Etats-Unis à l’étranger, déclenchée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

C’est avec une candeur désarmante (d’aucuns diront consternante) que Donald Trump a expliqué son revirement dans un discours prononcé lundi soir sur la base militaire de Fort Myer à Arlington en Virginie. Ce ne devait, au demeurant, pas être le seul revirement de la soirée puisque le Président en a profité pour revenir sur les événements qui, dans ce même Etat de Virginie, avaient endeuillé Charlottesville, le 12 août dernier. Quelques jours après avoir maladroitement cautionné les dérapages racistes qui ont coûté la vie à une militante de 32 ans, Trump a exhorté lundi ses compatriotes "à vivre en paix les uns avec les autres".

Pour quelqu’un qui a toujours estimé que rester en Afghanistan constituait, pour les Etats-Unis, "un gâchis injustifiable", il s’annonçait difficile de justifier maintenant le renforcement de la présence américaine dans le pays, et pour longtemps qui plus est. "J’étais instinctivement pour un retrait, et historiquement j’aime suivre mon instinct, a expliqué le Président. Mais, ma vie durant, j’ai entendu dire que les décisions sont différentes quand on est assis dans le bureau Ovale."

En découvrant la dure loi de la réalité, a fortiori quand on dirige la première puissance mondiale, Donald Trump a donc fait comme ses deux prédécesseurs, George W. Bush et Barack Obama : se résigner à tirer les leçons d’un constat contradictoire, à savoir qu’il n’y aura sans doute pas de solution militaire en Afghanistan, mais qu’on ne peut pas pour autant s’en désengager. Le risque serait clairement la désintégration de l’Etat afghan et la réapparition d’un foyer majeur du terrorisme international au profit des talibans et de Daech.

Un air de déjà essayé et déjà raté

Pour le reste, les experts s’accordent à dire que ce que propose Donald Trump a un air de déjà essayé et déjà raté. Certes, le Président refuse de se laisser enfermer dans des échéances arbitraires, au nom d’un combat à mener jusqu’à la victoire définitive. Il s’est pareillement gardé de fournir des détails et de chiffrer les augmentations d’effectifs.

Chacun sait, cependant, qu’à défaut d’envoyer des centaines de milliers d’hommes sur le terrain, le rapport de forces n’est guère susceptible de changer. Les espoirs de nouveau placés dans une consolidation du régime de Kaboul, miné par la corruption et les rivalités internes, semblent toujours aussi vains qu’ils l’étaient sous les Administrations américaines précédentes. Et les pressions que Washington veut exercer sur le Pakistan pour qu’il éradique les "bases terroristes" sur sa frontière avec l’Afghanistan ne paraissent pas vouées à plus de succès demain qu’hier, bien au contraire.

Réminiscences soviétiques

La "nouvelle" stratégie afghane de la Maison-Blanche ressemble donc fâcheusement aux précédentes. Confrontés à l’obligation de faire quelque chose, en sachant que rien ne peut vraiment marcher, les Américains sont condamnés à un enlisement dont les Soviétiques avaient dramatiquement fait l’expérience avant eux. Les talibans ont d’ores et déjà déclaré que l’Afghanistan serait "un nouveau cimetière" pour les Etats-Unis, tout en ironisant sur un discours présidentiel qu’ils ont trouvé "pas du tout clair".